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AVIS D’EXPERT – L’IA détruira moins d’emplois que l’incapacité à s’y adapter !

L’IA ne menace pas seulement les métiers, elle met surtout à l’épreuve la capacité des entreprises à faire évoluer leurs pratiques. Pour Marine Desbans, directrice générale France chez Dext, l’avantage ne viendra ni des outils ni des effets d’annonce, mais de la formation, de la qualité du jugement humain et d’une culture qui laisse réellement les équipes expérimenter, apprendre et s’adapter.

Alors qu’Internet a eu besoin de 13 ans pour atteindre 800 millions d’utilisateurs, ChatGPT a atteint ce seuil en seulement 3 ans. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est utilisée par environ 10 % de la population mondiale au quotidien. Son adoption s’accélère à mesure que les utilisateurs se forment, expérimentent de nouveaux usages et l’intègrent à leurs processus de travail. Dans ce contexte, les attentes évoluent à un rythme inédit. L’enjeu pour les entreprises n’est plus simplement de suivre le mouvement, mais de prendre une longueur d’avance pour  se différencier durablement et devenir les leaders de cette nouvelle phase de croissance exponentielle.

Cette transformation n’est pas un phénomène isolé : elle s’inscrit dans la lignée des grandes vagues technologiques qui ont façonné l’économie moderne. Des ordinateurs centraux aux ordinateurs personnels, l’accès à la puissance informatique s’est progressivement démocratisé. Internet a ensuite révolutionné la circulation de l’information en connectant le monde, tandis que les technologies mobiles ont rendu cette connexion omniprésente. Le cloud, enfin, a apporté la flexibilité et la capacité d’évolution  nécessaire pour soutenir cette croissance à l’échelle mondiale, préparant ainsi le terrain à l’intelligence artificielle.

Elle marque l’avènement d’une nouvelle ère technologique. Loin de supplanter les innovations qui l’ont précédée, elle en amplifie considérablement le potentiel et accélère leur impact.

L’intelligence artificielle s’appuie sur les fondations technologiques bâties au cours des dernières décennies (données, cloud, mobilité et connectivité) pour déployer des capacités inédites à une échelle sans précédent. Lorsqu’elle est pleinement exploitée, elle transforme profondément les modes de travail, en ouvrant de nouvelles sources de création de valeur.

Plus qu’une simple évolution technologique, il s’agit d’une révolution sans précédent. Nous vivons actuellement une mutation fondamentale qui va bouleverser tous les aspects du monde des affaires.

L’essentiel est de veiller à surfer sur la vague, et non de la regarder passer. Si l’IA progresse aussi rapidement, ce n’est pas seulement grâce à la sophistication des algorithmes, mais aussi à l’ampleur des investissements qui la soutiennent. Il s’agit d’une nouvelle révolution industrielle : mais au lieu de transformer des matières premières en produits finis, ces usines transforment des électrons en intelligence.

L’intention humaine au cœur de la performance de l’IA

Un modèle d’intelligence artificielle n’est, à lui seul, qu’un potentiel. Il peut rédiger un texte, composer une mélodie, développer du code ou analyser des données, mais uniquement lorsqu’une intention et un objectif lui sont donnés. C’est l’intervention humaine qui oriente ses capacités et transforme ce potentiel en résultats concrets.

Toute personne travaillant sur un ordinateur effectue des tâches automatisables, et dans de nombreuses entreprises, la main-d’œuvre est de loin le poste de dépense le plus important. Par conséquent, toute augmentation de la productivité ou réaffectation des ressources à des tâches à plus forte valeur ajoutée est cruciale.

À la lumière de ce que nous observons aujourd’hui au sein des équipes informatiques, cinq réalités s’imposent pour libérer le potentiel exponentiel de l’intelligence artificielle : L’IA exige une véritable discipline d’ingénierie, pas seulement de bons prompts. Les fondamentaux du développement restent essentiels : tests, documentation, intégration et déploiement continus (CI/CD), qualité du code et bonnes pratiques d’architecture. La réalité est que les capacités de l’IA sont inégales : elle peut se montrer remarquable dans certains domaines, tout en étant peu fiable dans d’autres. Les équipes doivent donc faire preuve de discernement pour savoir quand lui faire confiance et quand privilégier d’autres solutions.

Les occasions de découverte se multiplient : la curiosité seule ne suffit pas. Les hackathons, les ateliers et les présentations internes permettent aux équipes de se familiariser avec des outils et des idées nouveaux. Mais l’écosystème évolue rapidement ; sans stratégie, les équipes perdent un temps précieux à courir après chaque nouvelle version. Pour générer un impact durable, les organisations doivent orienter leurs efforts vers des enjeux métiers concrets et des cas d’usage clairement identifiés.

Alimenter la dynamique en donnant des moyens d’agir aux plus curieux. Mettez en lumière celles et ceux qui expérimentent, et montrez l’exemple. Valorisez et encouragez le droit à l’exploration. La curiosité est contagieuse : lorsqu’elle est reconnue, elle devient un puissant moteur d’adoption et d’innovation.

La culture de la revue devient essentielle lorsque le code ne coûte plus grand-chose à produire. L’IA est capable de générer du code en quelques secondes, mais elle ne peut pas garantir qu’il soit sécurisé, correct ou maintenable sur le long terme. Il est donc indispensable d’investir dans des pratiques rigoureuses de revue et de validation.

La validation constitue désormais le nouveau goulot d’étranglement.

Les outils ne suffisent pas : il faut une gouvernance claire et un climat de confiance. Sans une équipe dédiée pour piloter et coordonner les initiatives liées à l’IA, les efforts se dispersent et perdent en efficacité. L’enjeu ne se limite pas au déploiement de nouvelles technologies : il s’agit avant tout de conduite du changement

Nous connaissons tous cette situation : le conseil d’administration demande une stratégie IA. Une personne est alors chargée de constituer un groupe de travail, de lancer quelques projets pilotes, d’ajouter quelques fonctionnalités d’IA à un produit, puis de présenter le résultat comme de l’innovation. Pourtant, ce n’est pas une stratégie, tout juste une série d’initiatives.

Un « plan » consiste simplement à mettre en œuvre des actions. Une véritable stratégie, en revanche, vise à créer un avantage concurrentiel durable. Elle répond à deux questions : pourquoi agir et comment.

Il faut considérer l’IA comme Internet à ses débuts : les outils sont encore immatures, l’enthousiasme est parfois excessif, mais la direction à prendre est évidente. L’essentiel est donc de se mettre en mouvement dès maintenant.

Le rôle du leadership doit évoluer : il ne s’agit plus seulement de gérer la production ou les résultats, mais de déterminer ce qui mérite réellement d’être entrepris. Lorsque les réponses deviennent accessibles à tous, la véritable valeur réside dans la capacité à poser les bonnes questions.

Dans cinq ans, la valeur d’un collaborateur ne se mesurera plus à sa capacité de produire un livrable, mais à la qualité de son jugement, à sa capacité d’analyse et à son aptitude à défendre ses décisions.

Les organisations qui tireront leur épingle du jeu ne seront pas nécessairement celles qui disposeront du meilleur plan, mais celles qui possèderont la meilleure culture d’apprentissage et la plus grande capacité d’adaptation.

Une étude Ipsos BVA révèle que l’accès aux formations à l’IA demeure limité en entreprise : seuls 21 % des salariés déclarent avoir été formés, un taux qui atteint 30 % dans les grandes entreprises mais chute à 16 % dans les micro-entreprises et à 13 % chez les auto-entrepreneurs. Pourtant, les attentes sont fortes puisque 62 % des actifs souhaitent des formations fondées sur des cas d’usage concrets et directement applicables à leurs tâches quotidiennes.

De plus, les meilleurs talents ne peuvent pas explorer, expérimenter et innover s’ils sont constamment freinés par les processus de gouvernance. Il faut donner aux équipes du temps dédié, des espaces sécurisés pour tester de nouvelles approches et l’autorisation explicite d’expérimenter, quitte à se tromper.

Dans un environnement en mutation rapide, la capacité à apprendre plus vite que les autres devient un avantage concurrentiel déterminant. On ne devient pas une entreprise « AI-First » simplement en l’affirmant. On le devient en apprenant plus vite que ses concurrents.

Aujourd’hui, tout le monde a accès aux mêmes modèles d’IA de pointe. L’avantage concurrentiel ne réside donc plus dans l’accès à la technologie, mais dans la capacité à l’utiliser mieux, plus vite et plus efficacement que les autres. Le véritable risque concurrentiel n’est pas la vitesse du changement, mais la lenteur de l’apprentissage et de l’adaptation.

Si on continue de concevoir les équipes et les systèmes autour du contrôle, l’IA finira par les mettre sous tension. En revanche, si on valorise l’apprentissage et l’adaptabilité, l’IA en décuplera le potentiel. Les hiérarchies et structures trop rigides freinent l’intelligence, qu’elle soit humaine ou artificielle.

Le plus grand risque n’est pas que l’IA remplace les collaborateurs. Le véritable danger est que l’organisation elle-même les empêche d’évoluer, d’apprendre et de développer pleinement leur potentiel.