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AVIS D’EXPERT – Pourquoi les DSI vont devoir travailler beaucoup plus étroitement avec les juristes

Sous l’effet de l’AI Act, de DORA, de NIS2 et des exigences croissantes en matière de protection des données, les choix technologiques exposent désormais directement l’entreprise à des risques juridiques. Pour Elizabeth Petit, Senior Vice President, Research & Product Strategy chez Best Lawyers, DSI, RSSI et juristes doivent donc intervenir ensemble dès la conception des architectures, des usages de l’IA et des politiques de gouvernance.

Pendant longtemps, les directions informatiques et les directions juridiques ont évolué dans des univers relativement séparés. Aux DSI les infrastructures, les applications et la cybersécurité. Aux juristes les contrats, la conformité et les contentieux. Mais cette frontière disparaît rapidement. Les résultats des classements Best Lawyers France 2027 et Ones to Watch montrent en effet une forte progression des expertises liées à la protection des données, à la cybersécurité, à la conformité technologique ou encore à la gouvernance de l’intelligence artificielle.

Cette évolution reflète une transformation beaucoup plus profonde des systèmes d’information eux-mêmes. Car aujourd’hui, la technologie n’est plus uniquement un sujet d’infrastructure ou de performance opérationnelle. Elle devient un sujet de responsabilité réglementaire, de gouvernance et de risque stratégique.

Le système d’information devient une zone d’exposition réglementaire

Pendant des années, les DSI ont principalement été évaluées sur leur capacité à garantir la disponibilité, la sécurité et la performance des systèmes.

Désormais, les infrastructures IT deviennent également des objets de conformité. Protection des données personnelles, résilience opérationnelle, cybersécurité, souveraineté des données, IA Act, DORA, NIS2 : les réglementations européennes imposent progressivement aux entreprises de nouvelles obligations qui touchent directement l’architecture des systèmes d’information.

Le sujet ne concerne plus uniquement les banques ou les opérateurs critiques. Toutes les entreprises fortement numérisées sont désormais exposées. Une faille de cybersécurité, une mauvaise gouvernance des accès, une architecture cloud insuffisamment maîtrisée ou une utilisation opaque de l’intelligence artificielle peuvent désormais générer des risques financiers, réputationnels et réglementaires majeurs. Résultat : les arbitrages technologiques deviennent aussi des arbitrages juridiques.

L’IA change la nature des responsabilités

L’intelligence artificielle accélère encore cette convergence entre IT et juridique. Les entreprises intègrent désormais l’IA dans leurs outils métiers, leurs systèmes décisionnels, leurs plateformes clients ou leurs infrastructures de cybersécurité. Mais derrière ces gains de productivité émergent de nouvelles questions : qui porte la responsabilité d’une décision algorithmique ? Comment garantir la traçabilité des modèles ? Comment gouverner les données d’entraînement ? Comment sécuriser les usages de l’IA générative au sein des organisations ?

Ces problématiques déplacent progressivement le rôle des DSI. La question n’est plus seulement de déployer des technologies performantes. Il faut également démontrer leur conformité, leur gouvernance et leur auditabilité. Cette évolution apparaît d’ailleurs très clairement dans les classements Best Lawyers. Les expertises liées au Privacy & Data Security figurent parmi les pratiques enregistrant les plus fortes progressions. Dans le classement Ones to Watch, la propriété intellectuelle intègre même pour la première fois le Top 5 des spécialités les plus représentées devant les fusions-acquisitions.

Un signal révélateur : la valeur des entreprises repose désormais autant sur leurs actifs numériques, leurs données, leurs modèles d’IA et leurs logiciels que sur leurs actifs financiers traditionnels.

Vers une gouvernance commune du risque technologique

Cette transformation modifie profondément les relations entre DSI, RSSI, directions juridiques et directions générales. Les décisions IT ne peuvent plus être prises indépendamment des enjeux réglementaires et réputationnels. Choix d’un cloud provider, déploiement d’une IA générative, politique de conservation des données, architecture de cybersécurité ou stratégie d’interconnexion deviennent progressivement des sujets de gouvernance globale.

Le rôle des juristes évolue lui aussi. Ils ne sont plus seulement les rédacteurs de contrats ou les gestionnaires de conformité. Ils deviennent des partenaires des directions technologiques dans l’évaluation des risques liés aux systèmes d’information et aux infrastructures numériques.

À travers l’évolution des spécialités juridiques les plus dynamiques, les classements Best Lawyers 2027 révèlent finalement une transformation plus large de l’entreprise numérique : dans une économie pilotée par la donnée, l’IA et les plateformes, la technologie ne peut plus être pensée indépendamment de la gouvernance et du droit.

Et demain, les organisations les plus résilientes seront probablement celles capables de faire travailler ensemble IT, cybersécurité, conformité et stratégie dès la conception de leurs infrastructures numériques.