Passer à l’électrique ne consiste pas seulement à remplacer des véhicules thermiques. François Denis, Associate Vice President Sales EMEA chez Geotab, explique pourquoi les entreprises doivent partir des usages réels, des coûts et des besoins de recharge pour éviter les investissements mal calibrés et construire une transition adaptée au terrain.
L’électrification des flottes professionnelles a longtemps été perçue comme un projet d’avenir. Aujourd’hui, c’est une réalité stratégique urgente pour les entreprises. Sous l’effet combiné des exigences réglementaires, des attentes croissantes des clients, des objectifs de décarbonation, et de la pression constante sur les coûts d’exploitation, les gestionnaires n’ont plus le luxe d’attendre. Pour les gestionnaires de flotte, l’enjeu dépasse désormais la simple conformité : il s’agit de préserver la compétitivité de leur activité.
Pourtant, de nombreuses organisations abordent encore cette transition comme un simple renouvellement de véhicules. Cette approche comporte un risque majeur : celui de subir l’électrification plutôt que de la piloter réellement et d’en tirer les profits. Pour rester compétitifs sur le marché, les décisionnaires doivent anticiper et s’équiper d’outils de mesure fiables.
Le vrai risque n’est pas l’électrification, c’est son improvisation
Pour de nombreuses entreprises, l’électrification reste encore associée au cycle traditionnel de renouvellement des flottes : remplacer progressivement les véhicules thermiques arrivés en fin de cycle par des modèles électriques, afin de répondre aux nouvelles exigences réglementaires. Pourtant, cette approche, en apparence rationnelle, montre rapidement ses limites.
L’électrification ne constitue pas un simple changement technologique. Sans préparation suffisante ni vision précise, les entreprises s’exposent à des risques : investissements mal dimensionnés, infrastructures de recharge inadaptées, choix des véhicules déconnectés des usages, ou encore hausse des coûts cachés. À cela s’ajoute un autre facteur souvent sous-estimé : l’accompagnement du changement auprès des collaborateurs. Si les conducteurs ne sont pas accompagnés, formés et rassurés, la transition peut rapidement générer une certaine réticence et freiner l’adoption des nouveaux véhicules.
Le risque n’est donc pas tant de passer à l’électrique que de le faire sans méthode. Dans un contexte de hausse récente du prix du carburant, la question devient d’autant plus stratégique. Les entreprises doivent pouvoir déterminer avec précision quels véhicules peuvent être remplacés, à quel moment, dans quelles conditions et dans quelle optique. L’électrification peut représenter une opportunité réelle de maîtrise des coûts, mais seulement si les décisions reposent sur une analyse fine des usages et non sur des hypothèses générales.
Mesurer pour décider, exploiter la donnée pour transformer
En s’appuyant sur des données objectives plutôt que sur des projections approximatives, les gestionnaires de flottes éclairent leurs décisions et orientent leur stratégie. Quels sont les véhicules les plus utilisés ? Quels trajets sont réellement effectués ? Quels conducteurs utilisent quels véhicules ? Quels sont les coûts associés à chaque usage ? Autant de questions auxquelles ils peuvent précisément répondre grâce aux solutions de télématique pour réussir l’électrification de leur flotte.
En s’appuyant sur les données réelles émanant des véhicules, la télématique (désormais enrichie par l’intelligence artificielle) permet de décrypter finement plusieurs indicateurs: distances parcourues, temps d’arrêt, comportements de conduite, consommation énergétique, coût total de possession, etc. Cette capacité d’analyse transforme des impressions ou des hypothèses en informations concrètes, directement exploitables pour piloter la transition de manière optimale.
Mais cela suppose de mesurer avant d’investir, d’analyser avant de remplacer et d’anticiper avant de déployer. Sans cette approche, les entreprises risquent de multiplier les décisions précipitées, avec des conséquences sur leurs coûts, leur productivité et l’adhésion de leurs équipes.
Anticiper aujourd’hui pour rester performant demain
Les flottes représentent souvent l’un des postes de dépenses les plus importants des entreprises. Dans ce contexte, l’électrification ne doit pas être perçue comme une contrainte supplémentaire, mais comme une opportunité de repenser durablement les modèles de mobilité dans leur ensemble.
Pour réussir cette transformation, les décideurs doivent d’abord répondre à une question essentielle : quels véhicules peuvent être électrifiés dès aujourd’hui sans compromettre la continuité de l’activité ? La réponse s’appuie sur des données concrètes, capables de refléter la réalité du terrain. Un véhicule électrique peut être parfaitement pertinent pour certaines missions, mais moins pertinent pour d’autres.
De la même manière, le déploiement d’infrastructures de recharge sans connaître précisément les besoins énergétiques de la flotte peut conduire à un surinvestissement ou, au contraire, à des capacités insuffisantes.
Cette transformation ne concerne pas seulement les directions d’entreprises, car elle impacte directement les équipes sur le terrain : les conducteurs sont au coeur de la réussite du passage à l’électrique. Leur accompagnement, leur compréhension des nouveaux usages et leur capacité à adopter les bons réflexes constituent des facteurs déterminants pour concrétiser les bénéfices attendus.
Pour les gestionnaires, il est indispensable de les impliquer dès le départ, de les former et de leur donner accès aux bons outils pour assurer une utilisation optimale des véhicules et des ressources disponibles.






