Un ordinateur privé de réseau, sans Wi-Fi ni Bluetooth, semble condamné au silence. Des chercheurs chinois montrent pourtant qu’un logiciel malveillant peut utiliser les émissions électromagnétiques de son câble vidéo pour transmettre discrètement des données à distance.
L’écran est noir. L’ordinateur n’est connecté à aucun réseau et son utilisateur peut légitimement penser qu’aucune information ne sort de la pièce. Pourtant, le câble reliant la machine au moniteur émet déjà un signal radio porteur de données. Cette technique, baptisée TrojPix, a été mise au point par des chercheurs de l’université du Shandong et du laboratoire Quan Cheng. Elle vise les systèmes « air-gapped », volontairement isolés d’Internet et des réseaux classiques pour protéger des informations sensibles.
Des pixels transformés en signal radio
Le principe repose sur de minuscules variations appliquées aux pixels affichés à l’écran. Invisibles pour l’œil humain, elles modifient néanmoins l’activité électrique du câble vidéo et permettent de contrôler les émissions électromagnétiques qu’il produit. Un récepteur radio placé à distance peut alors capter ces émissions et reconstruire les données transmises. L’écran peut afficher un contenu parfaitement normal, mais aussi sembler complètement éteint pendant que la communication se poursuit. Aucun changement matériel ni privilège administrateur n’est nécessaire selon les chercheurs.
La technique a été testée avec des écrans provenant de neuf fabricants et quinze câbles vidéo disponibles dans le commerce. TrojPix a atteint un débit maximal de 8,1 Mbit/s et une portée allant jusqu’à 208 mètres. Ces deux performances correspondent toutefois à des configurations expérimentales distinctes et ne doivent pas être additionnées comme si le débit maximal était maintenu à cette distance.
Une porte de sortie, pas une porte d’entrée
TrojPix ne permet pas de compromettre à distance un ordinateur isolé. Un logiciel malveillant doit déjà être installé sur la machine pour collecter les informations et piloter l’affichage. La technique résout ensuite un autre problème, souvent complexe dans ce type d’environnement : faire sortir les données sans connexion réseau ni support amovible.
Le scénario concerne donc surtout les systèmes les plus sensibles, notamment dans les administrations, les infrastructures critiques, l’industrie ou la défense. Il rappelle que l’isolation physique ne suffit pas toujours lorsque les émissions électromagnétiques des équipements ne sont pas prises en compte.
Les protections évoquées passent par la prévention de toute compromission initiale, mais aussi par le blindage des environnements sensibles ou l’utilisation de liaisons vidéo en fibre optique, qui ne produisent pas les mêmes émissions qu’un câble en cuivre. TrojPix reste à ce stade une recherche académique. Elle prouve néanmoins qu’un ordinateur peut encore avoir beaucoup à raconter, même lorsqu’il semble parfaitement coupé du monde.




