Les autorités chinoises auraient engagé des discussions avec plusieurs poids lourds de la tech nationale pour restreindre l’accès international à leurs modèles d’intelligence artificielle les plus avancés, y compris ceux encore non commercialisés. Une orientation qui confirmerait la bascule de l’IA vers un statut d’actif stratégique national, à l’image de ce qui se joue déjà aux États-Unis.
D’après trois sources citées par Reuters, le ministère chinois du Commerce aurait réuni ces dernières semaines des représentants d’Alibaba, ByteDance et de la start-up Z.ai. Ces échanges porteraient sur un possible encadrement des modèles les plus puissants, qu’ils soient à code source fermé ou distribués en open-weight. Contactées par Reuters, les trois entreprises n’auraient pas donné suite aux sollicitations, pas plus que le ministère du Commerce ou la Commission nationale du développement et de la réforme, également partie prenante des discussions.
Ce mouvement interviendrait alors que les modèles chinois, portés par l’essor du R1 de DeepSeek depuis l’an dernier, gagneraient du terrain à l’international grâce à des coûts d’exploitation nettement inférieurs à ceux de leurs concurrents occidentaux. Qwen (Alibaba) et Doubao (ByteDance) figureraient parmi les références les plus utilisées sur le marché chinois, tandis que Z.ai aurait suscité l’attention de la Silicon Valley avec son modèle GLM-5.2, dont les performances s’approcheraient de celles des meilleures offres américaines pour une fraction du prix.
Vers un durcissement juridique contre le vol de technologies
Toujours selon les sources de Reuters, les autorités chinoises envisageraient de qualifier toute fuite ou tout vol de technologie d’IA propriétaire d’infraction relevant de la législation sur la sécurité nationale, réputée particulièrement stricte dans le pays. Des mesures visant à mieux contrôler les sources de financement des start-ups nationales d’IA seraient également à l’étude.
Le périmètre exact de ces futures restrictions resterait toutefois flou à ce stade. Deux sources auraient précisé à Reuters qu’elles pourraient ne concerner que les modèles à venir, sans qu’aucun calendrier de mise en œuvre n’ait été arrêté. Un cadre pourrait néanmoins se dessiner à partir d’une table ronde tenue en mai dernier, réunissant des experts juridiques chinois autour de la régulation de l’IA open source. Un compte-rendu publié dans une revue de la Cour populaire suprême évoquerait un système à trois niveaux : simple déclaration pour les outils basiques, contrôle de sécurité renforcé pour les technologies intermédiaires, et interdiction de diffusion publique, voire cantonnement à un usage strictement domestique, pour les modèles les plus sensibles.
Une inquiétude alimentée par le dossier Mythos
Cette volonté de reprise en main s’inscrirait dans la continuité d’une série de décisions prises par Pékin cette année pour protéger ses actifs technologiques. Reuters rappelle qu’en avril, les autorités auraient contraint Meta à se désengager de sa participation de 2 milliards de dollars dans la start-up Manus, fondée par des Chinois. Début juin, un nouveau corpus réglementaire serait venu durcir le contrôle des investissements sortants impliquant des acteurs, des technologies ou des données chinoises. Des enquêtes viseraient par ailleurs Manus et d’autres jeunes pousses locales installées à l’étranger, afin de vérifier d’éventuelles infractions aux règles d’exportation.
En toile de fond, les autorités chinoises redouteraient particulièrement le modèle Mythos d’Anthropic, dont l’usage serait susceptible, selon deux sources de Reuters, d’exploiter des failles logicielles au détriment des intérêts chinois. Une inquiétude que partagerait publiquement Zhou Hongyi, fondateur de l’entreprise de cybersécurité 360, fournisseur majeur des administrations et entreprises chinoises, pour qui la Chine devrait développer son propre équivalent.
Côté américain, Washington a pris des mesures comparables dès juin, lorsque le gouvernement a imposé des restrictions à l’export sur Fable 5 et Mythos 5, forçant Anthropic à couper l’accès aux deux modèles pour l’ensemble de ses utilisateurs, faute de pouvoir vérifier les nationalités en temps réel. Les restrictions à l’export ont depuis été levées pour Fable 5 et Mythos 5, mais ce dernier reste réservé à un cercle restreint d’organisations validées par le gouvernement américain, quand Fable 5 est de nouveau accessible au grand public.




