Première région française à formaliser un cadre d’implantation pour les centres de données, l’Île-de-France ne veut plus subir les projets mais les choisir. La stratégie fixe des règles claires aux opérateurs, tout en affichant une ambition qui dépasse largement les frontières franciliennes.
Qui paie quoi : la région tranche
“Les datacenters sont devenus des infrastructures stratégiques pour notre souveraineté numérique et notre compétitivité économique”, déclare Valérie Pécresse.
“L’enjeu n’est pas d’accueillir ou non ces infrastructures, mais d’attirer les projets les plus utiles à l’économie francilienne, les plus respectueux de l’environnement et les plus créateurs de valeur pour les territoires”
Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France
Le signal le plus concret envoyé par la région tient en une phrase : les coûts de raccordement et de renforcement de réseau seront désormais intégralement à la charge des opérateurs de datacenters. Plus question que les contribuables financent les infrastructures nécessaires à l’installation de ces équipements. La région pose également une ligne rouge sur le foncier : les centres de données ne pourront pas s’implanter au détriment des espaces réservés aux activités industrielles et productives. La priorité ira aux terrains déjà artificialisés. Sur le plan environnemental, la région ne laisse pas de marge de manœuvre : les projets devront atteindre “les plus hauts niveaux d’exigence en matière de performance énergétique, de consommation d’eau, de réduction des émissions polluantes et de valorisation de la chaleur fatale.”
Une filière IA francilienne de bout en bout
Le projet Eclairion à Bruyères-le-Châtel, soutenu à hauteur de 3 millions d’euros, a accueilli le supercalculateur de Mistral AI. C’est aujourd’hui la démonstration la plus visible d’une ambition plus large, annoncée lors de VivaTech : constituer un partenariat pour consolider une filière française et francilienne de l’IA “de bout en bout : des puces conçues par VSORA, aux logiciels développés par ZML, aux infrastructures opérées par Scaleway, jusqu’à la mise à disposition des capacités de calcul aux startups et chercheurs d’Île-de-France.”
Melbourne, Phoenix et après
La stratégie a également une dimension internationale assumée. Lors de la London Climate Action Week, la région, qui préside désormais la section Europe du réseau Regions4, a ouvert des discussions avec Melbourne et Phoenix pour bâtir une coalition de territoires engagés sur le sujet des datacenters durables. L’idée est de structurer un partage de bonnes pratiques entre régions confrontées aux mêmes arbitrages, et de peser collectivement pour un modèle de développement des capacités de calcul qui ne sacrifie ni la souveraineté ni l’environnement.




