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Le marché mondial des noms de domaine retrouve des couleurs, mais la prudence reste de mise

Près de 395 millions de noms de domaine enregistrés à fin 2025, une hausse de 6,2 % sur un an : le marché mondial renoue avec une croissance vigoureuse après deux années poussives. L’Observatoire de l’Afnic, qui publie aujourd’hui son analyse annuelle, invite pourtant à lire ces chiffres avec discernement. Derrière la belle performance globale, les dynamiques sont très inégales, et les questions structurelles qui se posent pour 2026 sont loin d’être anodines.

Une croissance retrouvée, mais concentrée sur quelques segments

Après plusieurs années de progression modérée, le marché mondial des noms de domaine a nettement accéléré en 2025. Avec environ 395 millions de noms enregistrés à la fin de l’année, la croissance atteint 6,2 %, contre 1,5 % en 2024 et 3,3 % en 2023.

Cette performance repose toutefois sur un nombre limité d’extensions particulièrement dynamiques. Les nouveaux TLD jouent un rôle central dans cette évolution, tandis que certaines extensions historiques enregistrent également des progressions marquées.

Le .com retrouve ainsi le chemin de la croissance après deux exercices difficiles. Avec 165 millions de noms enregistrés, il progresse de 2,9 % et affiche un gain net de 4,6 millions de noms. Son taux de maintenance remonte à 78 %. Sa part de marché continue néanmoins de s’éroder, passant à 42 % contre 43 % un an plus tôt.

L’Afnic souligne que ce redressement devra être confirmé. Les campagnes promotionnelles menées par Verisign ainsi que l’absence de hausse tarifaire en 2025 ont contribué à soutenir les enregistrements, alors qu’une augmentation des prix est annoncée pour 2026.

Les autres extensions historiques affichent une croissance globale de 7 %, portée notamment par les performances du .INFO, du .PRO, du .MOBI ou encore du .ASIA. Ces résultats s’accompagnent cependant de taux de maintenance plus faibles pour certaines de ces extensions, ce qui pose la question de la qualité des enregistrements réalisés et de leur capacité à être renouvelés dans la durée.

Les extensions nationales résistent, les nTLD deviennent le principal moteur

Les extensions nationales conservent leur poids dans l’écosystème mondial. Les ccTLD totalisent 142 millions de noms et progressent de 1,9 %, soit un rythme identique à celui observé en 2024. Leur part de marché recule toutefois à 36 %.

Les dynamiques varient fortement selon les régions. L’Afrique affiche la plus forte croissance avec 5,6 %, devant l’Amérique latine et les Caraïbes à 4 %, notamment grâce à la progression du .AI. L’Asie-Pacifique continue de croître mais à un rythme moins soutenu qu’en 2024. L’Europe reste de loin le principal marché des ccTLD avec 77,2 millions de noms et plus de la moitié du marché mondial des extensions nationales. L’Amérique du Nord constitue la seule région en recul.

Le véritable moteur de la croissance mondiale se situe toutefois du côté des nouveaux TLD. Avec 54 millions de noms enregistrés, ils progressent de 28,9 % en 2025. À eux seuls, ils représentent 56 % du solde net mondial de créations de noms de domaine.

Les nTLD génériques expliquent l’essentiel de cette progression, notamment grâce aux performances du .XYZ et du .TOP. Leur part de marché atteint désormais 14 %, un niveau record.

2026 : l’IA et les .Marque redessinent les horizons

L’Observatoire de l’Afnic identifie deux forces susceptibles de remodeler durablement le secteur. La première est l’intelligence artificielle. Elle représente une opportunité réelle en abaissant la barrière technique à la création de sites web, y compris pour des utilisateurs non développeurs, ce que l’on appelle désormais le « vibe coding ». Ce phénomène pourrait en partie expliquer la hausse des créations observée en 2025. Mais l’IA introduit aussi une incertitude de taille : en réduisant le besoin de consulter directement certains sites, les agrégateurs IA pourraient éroder le trafic et donc l’intérêt économique de nombreux noms de domaine, pesant à terme sur les créations et les renouvellements.

La seconde dynamique est institutionnelle. Depuis le 30 avril et jusqu’au 12 août prochain, l’ICANN a rouvert sa fenêtre de candidature pour les extensions personnalisées, quinze ans après le premier round de 2012. Les premiers TLD issus de ce cycle ne sont pas attendus avant fin 2027 au plus tôt, mais les indicateurs actuels des .Marque sont solides : 479 extensions fermées, 32 000 noms en hausse de 13 %, un taux de maintenance de 98 %. Si un nombre significatif de grandes organisations s’approprie ces extensions, l’impact pourrait dépasser la seule question du volume. Les noms de domaine pourraient s’imposer comme des signaux d’autorité dans les réponses générées par l’IA, modifiant en profondeur la perception et la hiérarchie de valeur au sein du marché, entre noms stratégiques et masse de noms secondaires plus exposés à l’abandon.