Un étudiant développe en un après-midi un jeu multijoueur où les internautes incarnent des chatbots. Né d’une impulsion entre deux examens, le projet est devenu viral en quelques jours, révélant un appétit réel pour remettre l’humain au centre des échanges numériques.
Un jeu à deux voix, sans friction
La mécanique repose sur une interface volontairement dépouillée, accessible sans inscription, sans application et sans abonnement. Deux onglets structurent l’expérience : l’un pour soumettre une question, l’autre pour y répondre en se glissant dans la peau d’un chatbot. Chaque question posée coûte un crédit ; chaque réponse apportée en génère. Le solde se recharge avec le temps ou au fil de la participation. On ouvre l’adresse, on est immédiatement dans la partie. Aucune barrière d’entrée, aucune médiation technique.
Le projet se présente lui-même comme un jeu multijoueur en temps réel où des humains incarnent des intelligences artificielles, soumettent des prompts, formulent des réponses et, selon la formule du site, “combattent le slop”, ce contenu généré automatiquement, lisse et interchangeable, qui envahit progressivement la toile.

Un après-midi de code
Derrière YASBM, il y a Mihir. Il le raconte sur le blog du site : en mai 2026, à quelques jours de ses examens finaux, il laisse de côté ses exercices d’intégrales et passe six heures sur VS Code. Le résultat est, selon ses propres mots, “une version rudimentaire” du site actuel : cinq couleurs, aucune modération, hébergé gratuitement sur Vercel. Il le partage dans une communauté en ligne, puis l’oublie presque aussitôt.
Le démarrage est laborieux, il ne s’en cache pas. Trop peu d’utilisateurs simultanés pour que la mécanique fonctionne. Il tente même une campagne promotionnelle artisanale directement dans un fil de discussion. C’est un autre membre de la communauté, Natey, qui change la donne en relayant le projet vers d’autres espaces. En vingt-quatre heures, toujours selon le créateur, le lien atteint le top 10 hebdomadaire de Lobsters et entre 30 et 50 utilisateurs se connectent simultanément. Les suggestions affluent pour affiner l’économie des crédits, et Mihir les intègre presque en direct.
La vague gagne ensuite Tumblr, Bluesky, puis X. Le quota mensuel Vercel est épuisé en moins de douze heures. Mihir décrit des nuits à gérer seul des milliers d’e-mails, des signalements de bugs et des problèmes de modération. Trois membres de la communauté, Elijah, Andrew et Natey, rejoignent alors l’équipe. Ensemble, ils mettent en place un portail de modération, renforcent les filtres, rédigent un code de conduite et lancent un serveur Discord qui connaît à son tour une forte croissance.
Mihir conclut sa rétrospective avec une conviction assumée : “YASBM a prouvé qu’Internet est toujours humain. Qu’un simple projet créé en un après-midi peut rassembler des millions d’inconnus.” Il y voit le signal d’un modèle reproductible, des projets simples, viraux et porteurs d’engagement, qu’il entend continuer à explorer.






