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Low code au ministère de l’Intérieur : trois mois pour remplacer Excel et un développement maison obsolète

La direction de la transformation numérique du ministère de l’Intérieur pilote chaque année 700 millions d’euros de crédits numériques. Jusqu’en 2025, une partie du suivi reposait sur un développement Web maison non maintenu, complété par des fichiers Excel et des processus manuels. Un nouveau système de gestion des commandes, de l’initialisation à la facturation, a été livré en trois mois sur la base d’une plateforme low code française. Antoine Delouvrier, chef du bureau des applications du secrétariat général à la DTNUM, revient sur ce projet.

 

Un système obsolète et un calendrier contraint

Le point de départ est pragmatique : la DTNUM avait besoin de suivre l’intégralité du cycle des commandes – création, validation, règlement et facturation – dans un outil unique, fiable et auditable. « Nous avions une solution Web qui n’était plus maintenue depuis plusieurs années, des fichiers Excel à côté et beaucoup de choses faites manuellement », résume Antoine Delouvrier.

Pour pouvoir démarrer l’année 2026 avec un nouvel outil, un pilote devait être opérationnel dès septembre 2025. Le développement a donc dû été réalisé en trois mois.

Le low code comme pari calculé

En parallèle, une dizaine de plateformes low code étaient évaluées. Klee Group, société française de conseil et d’intégration numérique, présente alors la solution d’Ovomnia, éditeur français de plateformes low code.

Deux critères ont emporté la décision. La souveraineté d’abord : la plateforme est française et l’application serait hébergée sur le cloud interne du ministère. L’indépendance vis-à-vis de l’éditeur ensuite, qui est le point différenciant le plus structurant. « Les plateformes low
code vous lient souvent à l’éditeur. Si vous voulez vous en défaire, vous recommencez à zéro. Là, l’avantage était de pouvoir générer du code source dont on était complètement propriétaire », explique Antoine Delouvrier.

La sécurité et les performances ont été validées dans le cadre de la procédure d’homologation du ministère, incluant analyses de risques, audits et tests de performance.

L’hyperagilité ou comment spécifier le matin et tester l’après-midi

Pendant trois mois, le rythme est quotidien : spécification le matin avec les métiers et le prestataire, livraison et tests l’après-midi. « On voyait l’application en vrai, de façon quasi journalière. »

Cette cadence suppose des conditions précises. Les représentants métiers embarqués dans le projet devaient avoir délégation pour trancher immédiatement, sans cycle de validation long, et un chef de projet maîtrisant l’écosystème technique pour mobiliser les expertises nécessaires sans multiplier les validations a été assigné.

Premier déploiement dans les environnements du ministère fin septembre. Pilote en conditions réelles pas en parallèle de l’ancien outil mais en remplacement direct sur plusieurs bureaux de la direction. Généralisation au 1er janvier 2026. Le résultat final : 50 000 lignes de code générées par la plateforme, dont à peine 5 000 écrites manuellement.

Réplicable mais pas généralisable

Satisfaite du bilan, la DTNUM a lancé de nouveaux projets sur la même plateforme en 2026. L’un d’eux, baptisé Déco, gère les procédures de remise de décorations et de médailles à l’échelle interministérielle – un processus qui implique des viviers de candidats, des demandes d’avis en préfecture et des validations remontant jusqu’à la chancellerie pour certains ordres.

Pour autant, Antoine Delouvrier met en garde contre une généralisation systématique. « On ne se dit pas qu’on va faire tous nos projets comme ça. » La condition pour que le low code conserve son intérêt : que 90 % des fonctionnalités soient couvertes nativement par la plateforme, les développements spécifiques ne dépassant pas 10 %. Au delà, la productivité s’érode et l’avantage sur un développement classique disparaît.

La méthode, elle, est reproductible seulement à condition de réunir les bonnes personnes : des profils métiers opérationnels capables de décider vite, des équipes techniques qui maîtrisent l’écosystème cible et des prestataires qui savent faire le lien entre les deux.