Apple ne lancera pas Siri AI dans l’Union européenne sur iPhone et iPad avec iOS 27 et iPadOS 27. Le groupe invoque les exigences d’interopérabilité du Digital Markets Act, qu’il juge difficiles à concilier avec sa promesse de confidentialité. Bruxelles conteste cette lecture et renvoie Apple à ses obligations de contrôleur d’accès.
Un lancement amputé pour les utilisateurs européens
Apple a présenté Siri AI comme une nouvelle version de son assistant vocal, intégrée à Apple Intelligence et pensée pour répondre à des requêtes plus complexes. Mais les utilisateurs européens d’iPhone et d’iPad ne pourront pas y accéder au lancement d’iOS 27 et d’iPadOS 27. Dans une note publiée le 8 juin, le groupe explique que le déploiement dans l’Union européenne est retardé en raison du Digital Markets Act.
La restriction ne concerne pas l’ensemble de l’écosystème Apple. Le groupe indique que Siri AI restera disponible pour les utilisateurs européens sur macOS 27, visionOS 27 et watchOS 27. Elle vise donc les usages sur iPhone et iPad, deux environnements au cœur des obligations européennes imposées à Apple en tant que contrôleur d’accès.
Apple affirme avoir proposé plusieurs solutions aux régulateurs européens pour rendre Siri AI disponible tout en permettant l’interopérabilité avec d’autres assistants virtuels. Selon l’entreprise, ces propositions n’ont pas été acceptées. Craig Federighi, vice-président chargé de l’ingénierie logicielle chez Apple, dit espérer une issue, mais le groupe ne donne aucun calendrier pour un lancement de Siri AI sur iOS et iPadOS dans l’Union européenne.
La confidentialité comme ligne de défense
Le désaccord porte sur l’accès que des assistants concurrents pourraient obtenir à certaines fonctionnalités du système et aux données nécessaires pour offrir des services comparables. Apple affirme que les exigences d’interopérabilité du DMA risqueraient d’ouvrir trop largement l’iPhone à des services tiers, avec des conséquences possibles sur la sécurité, la confidentialité et le contrôle laissé à l’utilisateur.
Cette argumentation s’inscrit dans une position ancienne d’Apple. Le groupe fait de la protection des données et de l’intégration fermée de son écosystème un marqueur commercial fort. Dans le cas de Siri AI, il présente l’ouverture demandée par le régulateur comme un risque direct pour l’expérience promise aux utilisateurs.
La difficulté est que cette défense n’est pas neutre. En protégeant son modèle fermé, Apple protège aussi son contrôle sur les points d’accès les plus stratégiques de ses terminaux. Le sujet ne se limite donc pas à une opposition simple entre innovation et réglementation. Il touche à la manière dont une plateforme dominante peut ouvrir son système sans perdre la maîtrise de ce qui fait sa valeur commerciale.
Bruxelles refuse l’argument du blocage réglementaire
La Commission européenne rejette la responsabilité du retard sur Apple. Selon Reuters et Associated Press, son porte-parole Thomas Regnier a estimé que la décision de ne pas lancer Siri AI dans l’Union européenne relevait uniquement du groupe américain. Il a aussi indiqué qu’Apple avait demandé une exemption de dix-huit mois à ses obligations d’interopérabilité, au lieu de présenter une solution conforme aux exigences de confidentialité et de sécurité du DMA.
Pour Bruxelles, le règlement n’interdit pas le lancement de nouveaux produits. Il impose aux grands contrôleurs d’accès de ne pas réserver certains accès ou certaines fonctions à leurs seuls services, lorsque ces positions ferment le marché à la concurrence. La Commission rappelle que le DMA vise à rendre les marchés numériques plus équitables et plus contestables, en particulier lorsque quelques plateformes deviennent des passages obligés entre les entreprises et les utilisateurs.
Le bras de fer est donc autant technique que politique. Apple veut éviter d’être contraint d’ouvrir des pans sensibles de son système mobile. La Commission veut empêcher que l’argument de la sécurité serve à neutraliser les obligations d’interopérabilité. Entre les deux, les utilisateurs européens risquent de se retrouver avec une version incomplète de l’offre Apple, sans savoir à quelle échéance le conflit pourra être résolu.
Un test pour la régulation européenne de l’IA embarquée
L’affaire Siri AI donne un aperçu des tensions à venir autour des assistants dopés à l’intelligence artificielle. Ces services ne sont plus de simples interfaces vocales. Ils peuvent accéder aux messages, aux calendriers, aux applications, aux fichiers, aux réglages et à une partie du comportement numérique de l’utilisateur. Plus ils deviennent utiles, plus leur accès au système devient sensible.
C’est précisément ce qui rend le dossier important pour les entreprises. Les règles d’interopérabilité ne concernent pas seulement les boutiques d’applications ou les navigateurs. Elles touchent désormais des couches d’IA capables d’agir dans l’environnement de travail, de connecter plusieurs services et de manipuler des données personnelles ou professionnelles.
La décision d’Apple montre aussi que les grands fournisseurs peuvent choisir de différer certaines fonctions en Europe plutôt que de modifier immédiatement leur architecture. Ce choix met la pression sur Bruxelles, mais il expose aussi Apple à une critique inverse : celle d’un acteur qui utilise la confidentialité pour défendre son propre verrouillage. L’issue du dossier Siri AI dira jusqu’où le DMA peut imposer l’ouverture des écosystèmes mobiles sans affaiblir les garanties de sécurité que les utilisateurs attendent de ces environnements.





