Aujourd’hui, plus besoin d’acheter des robots : la location est à portée de toutes les entreprises industrielles. Le « Robot as a Service » (RaaS) est bien plus qu’un simple modèle de location : il permet aux entreprises et notamment des PME d’utiliser l’automatisation de manière flexible, économique et sans infrastructure informatique dédiée. La maintenance, les logiciels et les mises à jour sont inclus, et les coûts sont prévisibles. Avec le RaaS, l’usage prime, et non la propriété. Mais cette facilité a un prix, et ceux qui n’y prennent pas garde risquent de développer de nouvelles dépendances, explique Malte Janßen, chef de produit chez reichelt elektronik.
Un marché en pleine expansion
Selon les données de l’International Federation of Robotics (IFR) en 2024, plus de 4,6 millions de robots étaient en service à l’échelle mondiale, avec la Chine à l’origine de plus de la moitié des nouveaux déploiements. Le marché mondial du RaaS devrait atteindre environ 2,4 milliards de dollars en 2025 et pourrait tripler d’ici 2032, selon les prévisions de Coherent Market Insights. Ce taux de croissance annuel composé (TCAC) de 15 % témoigne de l’engouement croissant des entreprises avec une demande variée, de la logistique à l’entreposage e-commerce comme principaux moteurs, représentant près d’un tiers du marché.
Pays précurseur dans le domaine de la robotique, la Chine a franchi une nouvelle étape dans l’industrialisation du RaaS. En décembre dernier, Shanghai a vu naître Qingtian Rental, la première plateforme nationale de location de robots humanoïdes. Déjà présente dans plus de 50 grandes villes et connectée à plus de 600 prestataires de services, elle propose aux entreprises de louer différents modèles de robots pour des usages commerciaux et, bientôt, industriels.
De plus, Toyota a récemment signé un accord de type « Robots-as-a-Service » avec Agility Robotics pour déployer Digit, un robot humanoïde disponible dans le commerce, sur son site de Woodstock, suite à un programme pilote concluant. Cette approche par abonnement pourrait permettre au constructeur automobile de mettre à niveau son matériel au fur et à mesure que de nouvelles versions sont disponibles, sans avoir à supporter l’amortissement de ses investissements en équipements.
Les PME face aux défis de l’automatisation
Encore plus que les grandes entreprises, les PME sont confrontées à de fortes pressions : coûts énergétiques élevés, chaînes d’approvisionnement instables, pénurie de main-d’œuvre qualifiée. L’automatisation est perçue comme la solution, mais de nombreuses entreprises hésitent face aux coûts d’investissement élevés et à l’effort technique qu’elle implique.
C’est là qu’intervient le RaaS (Robot as a Service). Au lieu de coûts d’acquisition à six chiffres, des mensualités permettent une meilleure intégration dans les budgets limités. Ce modèle offre aux entreprises un accès rapide à la robotique sans avoir à recruter leurs propres spécialistes.
Aussi, une large gamme de produits est proposée : robots collaboratifs pour l’assemblage et le contrôle qualité, véhicules logistiques autonomes pour le transport interne et robots de service spécialisés.
Cependant, le principal avantage demeure la flexibilité. En cas de ralentissement ou de fluctuations saisonnières de l’activité, il est possible d’ajouter ou de retirer des robots selon le contrat. Pour de nombreuses PME, qui fonctionnent traditionnellement avec des marges réduites, cette adaptabilité constitue un véritable atout concurrentiel.
Les risques et défis du RaaS
Le succès du RaaS n’est toutefois pas garanti. Les frais mensuels peuvent représenter une dépense considérable à long terme, dépassant souvent le coût d’un achat traditionnel. Sans une analyse approfondie du rapport coût-efficacité, les entreprises risquent de payer plus cher.
À cela s’ajoute la dépendance au fournisseur. De nombreuses solutions reposent sur du matériel et des logiciels propriétaires. En cas de défaillance du fournisseur, d’augmentation des prix ou de changement du modèle de service, l’entreprise peut se retrouver sans alternative. En pratique, changer de fournisseur est souvent coûteux ou techniquement complexe. La sécurité informatique est également un facteur important. La maintenance à distance, la connectivité au cloud et l’analyse de données font partie intégrante de nombreuses offres RaaS. Cela peut représenter un risque pour les PME qui débutent leur stratégie numérique.
Pour conclure, le RaaS est une option intéressante pour de nombreuses PME, mais il ne faut pas le choisir à la légère. Des modèles de coûts transparents, des accords de niveau de service clairs et des interfaces ouvertes sont essentiels.
Parallèlement, un niveau minimal de compétences numériques doit être présent au sein de l’entreprise. Le RaaS n’est pas une solution miracle, mais une voie réaliste vers un avenir automatisé. Les petites et moyennes entreprises peuvent tirer profit de barrières à l’entrée plus faibles, d’une plus grande flexibilité et d’un accès facilité aux technologies modernes. Ainsi, la robotique à la demande ne deviendra pas un gouffre financier, mais un atout concurrentiel, ouvrant la voie à une révolution industrielle accessible à tous.





