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Cloud et logiciels : le Cigref alerte sur une inflation qui pèse sur les investissements européens

Selon une étude réalisée par le cabinet Asterès pour le Cigref, la hausse continue des prix du cloud et des logiciels pourrait représenter jusqu’à 140 milliards d’euros de surcoût annuel pour les organisations européennes d’ici 2030. Au-delà du montant avancé, le rapport souligne un phénomène plus discret mais potentiellement plus structurant pour les entreprises. Une part croissante des budgets numériques serait absorbée par les abonnements logiciels et les services cloud, au détriment d’autres dépenses comme les projets d’innovation, les prestations externes ou les recrutements.

Une inflation qui dépasse largement celle du marché logiciel

L’étude s’appuie sur une enquête menée auprès de 54 directeurs du numérique d’entreprises et d’administrations publiques européennes membres ou partenaires du Cigref. Les répondants déclarent une hausse moyenne de 8,7 % par an du coût de leurs services cloud et logiciels au cours des trois dernières années. Ils anticipent une progression de 12 % par an sur les cinq prochaines années.

Pour Asterès, cette dynamique ne relève pas uniquement de l’inflation générale. Le cabinet rappelle que plusieurs travaux publiés depuis 2021 ont déjà documenté des augmentations de prix supérieures à l’évolution habituelle du marché logiciel, ainsi que des mécanismes de verrouillage qui compliquent les changements de fournisseurs. Les coûts de migration, l’intégration étroite entre logiciels et infrastructures, ou encore l’absence d’alternatives crédibles sur certains segments limiteraient fortement la capacité de négociation des clients.

Les répondants citent d’ailleurs le « vendor lock-in » comme la pratique la plus fréquemment associée à ces hausses tarifaires, devant l’intégration forcée de fonctions d’IA, l’obsolescence programmée ou encore les offres groupées.

Des arbitrages budgétaires déjà visibles

Le point le plus intéressant du rapport concerne peut-être moins l’augmentation des prix elle-même que ses conséquences sur les budgets numériques.

Près de la moitié des organisations interrogées déclarent absorber ces hausses en réduisant d’autres dépenses IT. Parmi elles, les prestations externes réalisées par les ESN arrivent en tête des postes concernés, devant les achats de matériel et les ressources humaines informatiques. D’autres entreprises choisissent d’augmenter leur budget numérique global, mais au prix de réductions sur des postes comme la R&D, les investissements productifs, le recrutement ou encore les augmentations salariales.

L’étude décrit ainsi un effet d’éviction progressif. Une part croissante des budgets serait captée par les dépenses récurrentes de cloud et de logiciels, laissant moins de marge pour financer d’autres projets numériques ou des investissements jugés plus stratégiques.

Autre élément notable, les cinq premiers fournisseurs représenteraient déjà plus de la moitié des dépenses cloud et logiciel des organisations interrogées, Microsoft étant cité par la quasi-totalité des répondants.

L’IA ne convainc pas encore les DSI

Les fournisseurs justifient souvent ces évolutions tarifaires par l’intégration de nouvelles fonctionnalités d’intelligence artificielle. Sur ce point, les résultats de l’enquête apparaissent plus nuancés.

Seuls 23 % des répondants déclarent constater des gains de productivité immédiats et mesurables. Plus de la moitié évoquent un potentiel réel mais difficile à quantifier, tandis qu’un quart estime que ces outils produisent des effets limités, négatifs ou redondants avec des solutions déjà en place. Au total, 93 % des répondants considèrent que les hausses observées ne sont pas justifiées au regard des bénéfices actuellement constatés.

Cette perception explique en partie pourquoi 71 % des organisations interrogées jugent la trajectoire actuelle difficilement soutenable ou non soutenable à horizon cinq ans.

Un sujet de souveraineté autant que de compétitivité

Asterès estime qu’en poursuivant la trajectoire actuelle, les hausses tarifaires pourraient représenter un surcoût moyen de 140 milliards d’euros par an entre 2026 et 2030 pour les organisations européennes. Sur ce montant, 93 milliards d’euros quitteraient l’économie européenne au profit de fournisseurs extra-européens.

Ces chiffres reposent sur une modélisation économique qui pourra naturellement faire débat. Ils traduisent néanmoins une préoccupation de fond portée par le Cigref depuis plusieurs années. Pour l’association, la question ne se limite plus à la dépendance technologique. Elle concerne désormais la capacité des organisations européennes à conserver des marges d’investissement dans un marché où les dépenses logicielles et cloud occupent une place toujours plus importante dans les budgets numériques.