Le ministère des Armées devrait renouveler son contrat avec Microsoft dans les prochaines semaines, selon des informations du JDN. Un choix qui illustre moins une contradiction qu’une réalité structurelle : l’État reste profondément dépendant des grands écosystèmes technologiques américains. Pour certains acteurs français du secteur, l’urgence n’est désormais plus de promettre une rupture immédiate, mais de sécuriser progressivement les couches les plus sensibles.
La souveraineté ne se décrète pas
Le symbole est fort. Alors que l’exécutif multiplie les prises de parole sur la nécessité de reprendre le contrôle des infrastructures numériques stratégiques, le ministère des Armées s’apprête à poursuivre sa collaboration avec Microsoft via l’Ugap, selon les informations du JDN. La signature du contrat, initialement attendue fin mai, aurait été repoussée à la fin juin.
Au-delà du contrat lui-même, cette décision met surtout en lumière l’écart entre les ambitions politiques et la réalité des systèmes d’information déployés depuis des décennies dans les administrations et les grandes organisations. “La dépendance aux grands écosystèmes numériques américains n’est pas un aveu de faiblesse, elle est l’héritage de trente ans de mondialisation technologique”, résume Renaud Ghia, président de Tixeo, éditeur français de solutions de visioconférence sécurisées.
Le dirigeant appelle à sortir d’une lecture binaire opposant dépendance et souveraineté totale. Selon lui, la transition ne pourra être que progressive. “Le chantier est énorme et prendra du temps.”
Reprendre le contrôle des couches les plus critiques
Dans ce contexte, certains acteurs français plaident désormais pour une approche ciblée : sécuriser en priorité les usages les plus exposés plutôt que d’attendre une refonte complète des infrastructures.
“Ce qui compte dès aujourd’hui, c’est la capacité à construire une souveraineté par strates, en commençant par les plus exposées”, estime Renaud Ghia. Les outils de communication apparaissent comme l’un des premiers périmètres concernés. Visioconférences stratégiques, coordination de crise, échanges opérationnels : ces usages concentrent à la fois des enjeux de confidentialité, de résilience et de maîtrise technologique.
“Les communications sensibles sont à la fois le premier vecteur d’espionnage et le premier levier d’action”, poursuit-il.





