Le Cigref publie un nouveau rapport consacré à l’accessibilité numérique dans les grandes organisations. À l’approche de l’entrée en application de l’European Accessibility Act, l’association estime que les entreprises ne peuvent plus traiter le sujet comme une simple contrainte réglementaire ou un correctif tardif. Gouvernance, achats IT, dette applicative, conception des services numériques… le document met en lumière les difficultés très concrètes rencontrées pour faire passer l’accessibilité à l’échelle.
Publié à l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’accessibilité, le rapport s’appuie sur des retours d’expérience de grandes organisations membres du Cigref. L’association y décrit un sujet encore largement sous-estimé dans les stratégies numériques, malgré le durcissement progressif des obligations européennes.
Le document insiste notamment sur le fait que l’accessibilité reste souvent abordée trop tard dans les projets numériques, une fois les outils conçus ou déployés. Cette approche entraîne des coûts de correction importants et complique fortement les mises en conformité, en particulier dans les environnements applicatifs anciens.
Un héritage technique difficile à corriger
Le Cigref pointe le poids du patrimoine applicatif dans les grandes organisations. Beaucoup d’entreprises doivent composer avec des logiciels historiques, des interfaces métiers vieillissantes ou des outils développés bien avant que les standards d’accessibilité ne deviennent un enjeu structurant.
Le rapport souligne aussi les limites de certains logiciels du marché. Les critères d’accessibilité restent encore peu intégrés dans de nombreux appels d’offres ou projets pilotés par des prestataires externes. Plusieurs organisations interrogées expliquent devoir réaliser elles-mêmes une partie importante du travail correctif après intégration des solutions.
Le Cigref évoque également un manque de compétences internes et une gouvernance parfois fragmentée entre DSI, conformité, RSE, achats et métiers. Cela explique en partie pourquoi les initiatives, bien qu’elles existent, restent souvent isolées ou dépendantes de quelques spécialistes.
L’accessibilité ne se limite plus à la conformité
L’association cherche aussi à repositionner le sujet au-delà du simple respect réglementaire. Le rapport rappelle qu’une interface plus accessible améliore généralement la qualité globale des services numériques, leur lisibilité et l’expérience utilisateur. Le Cigref défend une approche intégrée dès la conception des projets numériques. Le document recommande notamment de renforcer la formation des développeurs, des équipes produit, des acheteurs IT et des décideurs métiers afin d’éviter une logique de correction tardive.
Cette évolution devient plus pressante avec l’entrée en application de l’European Accessibility Act prévue le 28 juin 2026. Le texte étend les obligations d’accessibilité à plusieurs catégories de produits et services numériques privés, notamment dans le e-commerce, les services bancaires, certaines plateformes de communication et différents équipements numériques.
Un sujet encore secondaire dans les priorités IT
Le rapport met aussi en évidence le manque de pilotage global autour de ces enjeux. Dans de nombreuses entreprises, les investissements restent principalement orientés vers l’IA, la cybersécurité ou la modernisation cloud, tandis que l’accessibilité peine encore à obtenir des budgets dédiés ou des indicateurs de suivi structurés.
Le Cigref estime pourtant que le sujet ne peut plus être porté uniquement par quelques référents spécialisés. L’association appelle à une gouvernance plus transverse impliquant DSI, conformité, achats, RSE et directions métiers afin d’intégrer durablement l’accessibilité dans les stratégies numériques des grandes organisations.




