
En installant son calculateur photonique Lucy au Très Grand Centre de calcul du CEA à Bruyères-le-Châtel, Quandela veut démontrer qu’une autre voie est possible dans la course au quantique. Face aux géants américains et chinois, la startup française prépare une nouvelle levée de fonds et mise sur une technologie photonique présentée comme plus rapide et moins énergivore. Mais comme tout le secteur, elle doit désormais relever le principal défi du marché : passer à l’échelle.
Une course qui se dispute à l’échelle mondiale
Face à Quandela, la course vers la suprématie quantique est l’affaire des grandes puissances mondiales. Les entreprises américaines sont celles qui communiquent le plus. IBM fait actuellement figure de leader avec son processeur IBM Quantum Nighthawk et l’architecture Quantum Loon qui vise à être plus tolérante aux pannes, avec une machine FTQC attendue pour 2029. Google talonne Big Blue avec une technologie qui marie supraconducteurs et atomes neutres. On peut aussi citer Microsoft qui a dévoilé son processeur Majorana-1 en février 2025, mais qui est aujourd’hui plus discret. Plus récemment, IonQ a fait sensation en janvier dernier, en annonçant vouloir prendre le contrôle de Skywater, un fondeur de composants, afin d’accélérer son innovation sur les puces quantiques à base d’ions piégés.
Parmi les autres acteurs clés du marché américain, on peut citer Rigetti Computing qui vient de repousser le lancement de son calculateur à base de supraconducteurs à 108 qubits, ou encore le pionnier D-Wave est connu pour avoir lancé un premier calculateur quantique dès 2011, mais dont approche basée sur le recuit quantique simulé a des cas d’usage plus limités.
La Chine travaille aussi sur le quantique. La Chine a communiqué sur le Jiuzhang, un processeur photonique chinois dévoilé en 2020, suivi par le Zuchongzhi-2 un an plus tard. Ce dernier, un processeur quantique sur supraconducteur, était donné pour 66 qubits en 2021, puis 105 qubits dans sa version 3, dévoilée en 2025.
L’écosystème quantique français toujours en pointe
En France, Atos ne compte pas fabriquer lui-même de processeur quantique, mais s’est allié avec le finlandais IQM Quantum Computers pour proposer à ses clients de travailler sur des algorithmes quantiques. Du côté des startups hexagonales, le programme PROQCIMA du Ministère des Armées est représentatif de l’écosystème quantique français.
Lancé en 2024, ce programme a vu cinq startups françaises sélectionnées pour sa phase initiale : Alice&Bob qui mise sur la technologie des qubits « chat » sur des circuits supraconducteurs, C12 qui s’appuie sur des nanotubes de carbone pour obtenir des qubits plus stables, Pasqal qui piège des atomes froids au moyen de pinces optiques, Quandela qui parie sur la photonique quantique et enfin Quobly qui a fait le choix des qubits spin sur silicium pour utiliser les procédés CMOS industriels existants.
La phase 1 de PROQCIMA de montée en maturité s’achève et la phase 2 débute en 2026 avec la sélection des trois technologies jugées les plus performantes en 2028. Jusqu’en 2032, les 3 candidats sélectionnés devront faire passer leur technologie à l’échelle et les 2 meilleurs devront livrer des prototypes à 128 qubits logiques, sur des architectures capables de monter jusqu’à 2 048 qubits logiques sur les calculateurs commerciaux. Ce programme donne en quelque sorte le tempo à l’écosystème quantique français vers une réelle commercialisation de calculateurs quantiques d’ici les années 30.
Alain Clapaud



