Elles s’y projettent, mais n’y entrent pas. Derrière l’attractivité des métiers de la tech, un décalage persiste entre intérêt affiché et passage à l’action. En cause : un manque d’accompagnement précoce, une difficulté à se projeter concrètement… et des leviers encore sous-exploités.
Tout commence trop tôt… ou trop tard
Le décrochage ne se joue pas à l’entrée dans le supérieur, d’après les données de l’étude sur la perception des femmes françaises vis-à-vis des métiers de la tech de Notify. Il est déjà là, installé, bien avant. L’étude révèle un déficit d’encouragement massif : 60 % des femmes déclarent ne pas avoir été suffisamment, voire pas du tout, soutenues dans leur orientation vers les métiers technologiques. À l’inverse, seules 12 % évoquent un accompagnement plein et entier.
Ce manque d’impulsion initiale n’est pas anodin. Il dessine une trajectoire. Pour 48 % des répondantes, c’est dès l’école primaire que l’intérêt pour la tech devrait être suscité. Le collège suit loin derrière (32 %), puis le lycée (12 %) et l’enseignement supérieur (8 %).
Une attractivité réelle… mais sous tension
Le paradoxe est là. Les métiers de l’intelligence artificielle et de la data attirent. 62 % des femmes interrogées les jugent attractifs. Mais cette attractivité reste fragile, fragmentée, parfois distante : 38 % expriment une perception négative ou indifférente.
Les moteurs d’intérêt sont clairement identifiés. Le salaire arrive en tête (42 %), suivi des perspectives de carrière (38 %) et de l’innovation (36 %). L’impact sur le monde (29 %) et la créativité (24 %) complètent le tableau. Une grille de lecture à la fois pragmatique et aspirante.
Mais face à ces motivations, une ambivalence persiste dans la perception des entreprises technologiques. Si 31 % les jugent inspirantes et 27 % accessibles, près d’un quart les perçoit comme impressionnantes. Une distance symbolique qui traduit une forme d’intimidation, voire d’auto-exclusion.
Le poids des représentations, angle mort de la transformation
Le frein n’est pas uniquement structurel. Il est culturel. Et profondément ancré. Près d’une femme sur deux (49 %) pointe le caractère encore trop masculin de l’image des métiers de la tech. Le manque de modèles féminins suit de près (47 %), tout comme la perception d’un univers trop technique (43 %). À cela s’ajoute un sentiment diffus mais déterminant : 41 % évoquent une peur de ne pas être légitimes.
Le manque d’information (38 %) et le sentiment d’insuffisance de compétences (35 %) viennent compléter ce faisceau de freins. Autant de signaux faibles qui, cumulés, produisent un effet de seuil.
La question de la représentation cristallise ces tensions. 60 % des femmes estiment qu’il n’y a pas suffisamment, voire pas du tout, de figures féminines visibles dans la tech. Et plus d’une sur deux considère que les entreprises n’en font pas assez pour attirer les jeunes femmes.
Lorsqu’il s’agit de citer des rôles modèles, les réponses convergent vers quelques figures bien identifiées :”Roxanne Varza, directrice de Station F, Katherine Johnson, figure historique de la conquête spatiale, Fidji Simo numéro 2 d’OpenAI ex dirigeante de Facebook, ou encore Fabienne Arata, Country Manager de LinkedIn France depuis Janvier 2017″.
Des leviers connus, mais encore sous-exploités
Les pistes d’action sont pourtant claires. Le développement de modèles féminins arrive en tête (49 %), suivi par l’accompagnement et la formation (44 %). Mieux comprendre les métiers (38 %) et proposer des expériences concrètes — stages, ateliers — (35 %) apparaissent comme des leviers clés.
L’enjeu n’est donc pas de révéler l’attractivité des métiers, mais de rendre possible la projection. L’essor de l’intelligence artificielle agit comme un catalyseur d’intérêt. Mais entre curiosité et engagement, le passage reste, apparemment, incertain.








