Avec 78 557 suppressions de postes recensées depuis janvier, le secteur technologique mondial confirme une tendance lourde. L’intelligence artificielle en est le principal moteur, et la principale justification.
Une vague concentrée, mais mondiale
Le mois de mars a constitué le pic le plus élevé depuis juillet 2025, avec plus de 33 000 licenciements, c’est le constat que dresse RationalFX dans son analyse publiée début avril. Les États-Unis portent 77 % du total mondial (59 510 postes), avec trois noms en tête : Oracle, Amazon et Meta. Mais le mouvement déborde les frontières : en Europe, il frappe les semi-conducteurs, les télécoms et les services IT ; en Asie, il traverse des secteurs aussi divers que l’IA et le e-commerce.
L’IA, levier d’investissement et argument de coupe
Près de la moitié de ces suppressions sont directement attribuées à l’automatisation et à l’IA. Oracle en offre l’illustration la plus nette : 25 000 postes supprimés pour financer un virage massif vers les infrastructures IA, malgré des résultats financiers en hausse. Amazon et Meta suivent la même logique, arbitrant en faveur du cloud et de l’IA au détriment d’effectifs ou de lignes de produits entières. Atlassian et Block, eux, assument explicitement des stratégies d’automatisation opérationnelle.
L’IA fonctionne désormais à double titre : priorité d’investissement et cadre de légitimation des réorganisations.
Géographie des licenciements
Certaines zones se distinguent par l’intensité et la nature des suppressions. En Australie, 4 450 postes ont été supprimés depuis le début de l’année, concentrés sur quelques acteurs comme WiseTech Global (2 000 postes), Atlassian (1 600) et Telstra (650), avec une particularité notable : l’ensemble de ces réductions est directement lié à l’intégration de l’intelligence artificielle et à l’automatisation.
En Europe, les licenciements restent plus diffus mais significatifs, avec notamment 2 000 suppressions en Autriche, 1 938 en Suède et 1 700 aux Pays-Bas, principalement dans les semi-conducteurs et les télécoms.
En Asie, 4 580 postes ont été supprimés, avec des concentrations en Inde (1 620), en Israël (1 539) et à Singapour (1 196), où les coupes touchent aussi bien les startups IA que les entreprises de cybersécurité et les plateformes numériques.

Un décalage qui mérite attention
C’est là que réside la tension la plus significative. Les entreprises restructurent leurs équipes en anticipant des capacités IA encore largement à l’état de promesse opérationnelle. Les coupes touchent désormais les équipes d’ingénierie, la R&D et certaines lignes produits, bien au-delà des fonctions support traditionnellement visées.
Si le rythme actuel se maintient, RationalFX projette 318 000 suppressions de postes d’ici fin 2026.








