Accueil Channel AVIS D’EXPERT – La supply chain en cybersécurité, là où le bât...

AVIS D’EXPERT – La supply chain en cybersécurité, là où le bât blesse

Nous parlons souvent de cybersécurité comme d’un rempart. Un pare-feu, un antivirus et d’autres systèmes défensifs.

Mais la réalité contemporaine est bien différente pour Benjamin Pourtier, consultant du cabinet de conseil en cybersécurité XMCO : les entreprises ne sont plus des forteresses isolées. Elles sont des nœuds dans un réseau dense d’interconnexions. Fournisseurs, prestataires, éditeurs de logiciels ou hébergeurs : chacun constitue un maillon d’une chaîne devenue aussi stratégique que fragile.

Le risque principal repose sur un scénario d’attaque de type supply chain (chaîne d’approvisionnement). La faille ne provient pas directement du système interne de l’organisation, mais d’un composant ou service tiers intégré à celui-ci.

Les attaques de supply chain peuvent viser différents maillons : un logiciel largement utilisé, une bibliothèque intégrée dans une application, ou encore un prestataire ayant accès aux systèmes d’une organisation.

On se souvient, en 2020, de l’affaire SolarWinds. Elle a apporté une démonstration concrète des risques liés à la supply chain. Des attaquants avaient en effet compromis une mise à jour logicielle d’un outil utilisé par des milliers d’organisations à travers le monde.

Résultat : des administrations américaines, de grandes entreprises et des infrastructures critiques ont été exposées non pas parce qu’elles avaient été directement piratées, mais parce qu’elles faisaient confiance à un fournisseur légitime.

Mais ces attaques ne se limitent pas qu’aux logiciels. Elles peuvent également viser les prestataires et partenaires qui interagissent avec les systèmes d’une organisation.

Plus récemment, plusieurs incidents signalés chez Boeing ont illustré ce risque au sein d’écosystèmes industriels complexes. Des attaques ont ciblé certains fournisseurs et plateformes collaboratives utilisées pour échanger des données techniques avec les partenaires du groupe. Même sans compromission directe des systèmes centraux, ces incidents ont entraîné des perturbations opérationnelles. Ce cas rappelle qu’une attaque visant un fournisseur peut fragiliser l’ensemble de la chaîne industrielle.

Ces événements illustrent une évolution majeure : la cyberattaque n’est plus uniquement directe et ciblée. Elle devient indirecte, en exploitant les dépendances entre organisations et les relations de confiance qui structurent l’écosystème numérique.

Les conséquences peuvent être significatives. Une compromission dans la chaîne d’approvisionnement peut entraîner des fuites de données sensibles, permettre un accès non autorisé à des systèmes internes ou provoquer des perturbations opérationnelles lorsque certaines plateformes ou échanges avec des partenaires doivent être suspendus. D’un point de vue business, ces incidents peuvent engendrer des pertes financières, des ruptures de service, des contentieux juridiques et avoir un impact réputationnel très important.

Aujourd’hui, les entreprises s’appuient très généralement sur des logiciels en ligne, des services cloud et des prestataires externes pour fonctionner. Cette dépendance fait désormais partie du modèle économique classique : nous avons industrialisé la confiance.

Dans ce contexte, certaines organisations ont parfois le sentiment de déléguer le risque à leurs fournisseurs. En réalité, cette délégation du risque est une illusion. En effet, si un prestataire est compromis, les conséquences opérationnelles, financières et réputationnelles se répercutent directement sur l’entreprise utilisant ses services.

La confiance est nécessaire au fonctionnement des écosystèmes numériques. Mais la confiance sans contrôle constitue une véritable vulnérabilité.

La question n’est plus seulement : “Sommes-nous protégés ?” Mais plutôt : “Sommes-nous aussi protégés contre les failles de nos partenaires et fournisseurs ?”

Des solutions telles que l’audit des prestataires, la surveillance continue des actifs exposés, l’encadrement contractuel des exigences de sécurité ou encore la limitation des accès tiers aux systèmes internes constituent aujourd’hui des leviers essentiels pour limiter ce risque.

La cybersécurité ne se limite plus aux frontières d’une entreprise, elle dépend aussi de tout l’écosystème qui la fait fonctionner. Elle se mesure désormais à sa capacité de comprendre et piloter sa surface d’attaque étendue. Dans un environnement interconnecté, une organisation peut être exposée non pas par ses propres failles, mais par celles de ses partenaires ou fournisseurs.