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« Toujours une vitrine, mais beaucoup plus opérationnelle » : le Campus Cyber veut muscler son rôle

Le virage avait été acté en janvier, avec l’adoption de la feuille de route 2026-2028 du Campus Cyber. À l’occasion du Forum InCyber, Solutions Numériques & Cybersécurité en a discuté avec Joffrey Célestin-Urbain, le président du Campus Cyber, et Jérôme Tré-Hardy, entre autres membre du Conseil d’Administration du Campus Cyber et président de Bretagne Cyber Alliance.

L’occasion de revenir sur ce que recouvre réellement cette nouvelle ambition : un Campus moins statique, plus opérationnel, et désormais pensé comme un outil de structuration de l’écosystème.

De vitrine à opérateur

Le Campus Cyber ne renie pas son rôle initial : « Toujours une vitrine, mais beaucoup plus opérationnelle », résume Joffrey Célestin-Urbain. Le Campus se positionne désormais comme un « opérateur-pivot » au service de la stratégie nationale cyber et de la souveraineté numérique . Une évolution qui repose sur un constat partagé : la richesse de l’écosystème existe déjà, mais reste dispersée.

« C’était un actif sous-utilisé. L’idée, c’est de valoriser au maximum cette richesse », insiste le président. Derrière cette volonté, un principe simple : faire travailler ensemble des acteurs qui cohabitaient jusque-là sans toujours converger.

Plateformes, services, mutualisation : l’entrée dans l’opérationnel

Trois plateformes doivent structurer cette montée en puissance : une forge de croissance pour les entreprises cyber, un plateau technique mutualisé pour la recherche, et un dispositif dédié à la cyberrésilience des PME et collectivités, notamment autour de NIS2 .

« l’enjeu de la filière française, c’est DE passer à l’ère de la démocratisation de la cybersécurité »

Joffrey Célestin-Urbain, président du Campus Cyber

L’enjeu est double. D’un côté, accompagner des acteurs encore peu matures, en particulier les PME confrontées à des exigences réglementaires croissantes. De l’autre, structurer une offre capable de passer à l’échelle, dans un marché européen encore largement dominé par des acteurs extra-européens.

« Il y a un enjeu de démocratisation […] mais aussi de consolidation d’un écosystème trop morcelé »

Jérôme Tré-Hardy, président de Bretagne Cyber Alliance

La fragmentation actuelle freine la montée en puissance des solutions européennes, malgré leur pertinence. Le Campus entend précisément se positionner entre ces deux réalités : massifier l’accès à la cybersécurité tout en structurant une filière capable de rivaliser.

Un réseau territorial et européen pour créer de la confiance

« Peu importe où l’on se trouve en France, on doit savoir vers qui se tourner », explicite le président de Bretagne Cyber Alliance, Jérôme Tré-Hardy.

Le Campus Cyber ne se conçoit plus comme un point central, mais comme une tête de réseau structurée, appuyée sur huit campus territoriaux intégrés dans une dynamique commune. « Fonctionner en réseau, c’est vraiment ça », insiste Joffrey Célestin-Urbain.

Cette approche s’étend aussi à l’Europe. Le Campus ambitionne de structurer des relations entre écosystèmes nationaux, en s’appuyant sur les dynamiques territoriales existantes. « On veut être un facilitateur, un orchestrateur de relations d’écosystème à écosystème », précise Joffrey Célestin-Urbain.

Derrière la stratégie, une bataille industrielle

La transformation engagée dépasse le cadre institutionnel. Elle touche à la structuration d’un marché encore fragile. « Notre business, c’est un business de l’alignement », affirme le président.

Aligner les acteurs, les besoins, les offres, mais aussi les logiques nationales et européennes. Car le constat est clair : malgré un marché significatif, l’Europe reste dépendante. Le défi consiste donc à créer les conditions d’une montée en puissance réelle.

Cela passe par des choix concrets, parfois contraints. « On ne peut pas dire : on va prendre une solution européenne si elle est moins performante », reconnaît-il. La crédibilité de l’écosystème passe aussi par sa capacité à répondre aux exigences opérationnelles.

D’où l’insistance sur l’exécution. « Les mots, on en a suffisamment. Ce qui manque, c’est vraiment des actions ». La feuille de route 2026-2028 acte cette bascule. Reste désormais à la traduire dans les faits.