Longtemps cantonnée à des enjeux environnementaux difficiles à valoriser, la sobriété numérique pourrait changer de statut. Avec sa méthodologie ROI-MPACT, l’AGIT propose un cadre pour mesurer concrètement la valeur économique des projets, au-delà des seuls coûts.
Une question qui revient souvent, mais reste sans réponse claire
Dans beaucoup d’entreprises, la sobriété numérique est encore perçue comme un effort nécessaire, parfois même incontournable, mais rarement comme un levier de performance. Le problème n’est pas tant le principe que sa traduction concrète. Réduire l’empreinte environnementale du numérique est devenu un objectif affiché, mais les outils classiques de pilotage restent centrés sur des indicateurs financiers immédiats. Difficile donc de comparer un projet de sobriété avec un investissement plus traditionnel, ou même de justifier sa pertinence auprès d’une direction financière.
C’est précisément ce point que cherche à adresser l’Alliance Green IT avec la publication de sa méthodologie.
Dépasser le ROI classique
La méthode, baptisée ROI-MPACT, propose d’élargir la notion de retour sur investissement. Plutôt que de se limiter aux gains visibles, comme la réduction des coûts ou les gains de productivité, elle intègre d’autres dimensions souvent laissées de côté. Consommation énergétique, émissions carbone, risques opérationnels ou encore impact sur les équipes sont pris en compte dans l’analyse.
L’approche repose sur une logique dite « multi-capitaux », qui consiste à évaluer un projet non seulement sous l’angle financier, mais aussi en tenant compte des impacts environnementaux, humains ou sociaux.
Un cas concret qui change la lecture
Pour illustrer cette approche, l’AGIT s’appuie sur un cas d’usage lié à un datacenter. Un programme d’optimisation énergétique et de rationalisation des infrastructures, avec un investissement initial de 40 000 euros, a généré plus de trois euros de valeur pour chaque euro investi sur cinq ans. Le projet devient rentable à partir de la troisième année. Ce résultat ne repose pas uniquement sur les économies d’énergie. Il intègre également la réduction des incidents, la baisse des émissions carbone et le temps libéré pour les équipes techniques.
Une tentative de rendre la sobriété pilotable
Au-delà du cas présenté, l’enjeu est surtout méthodologique. La démarche vise à fournir aux entreprises un outil d’aide à la décision, capable de comparer différents scénarios, en intégrant des contraintes désormais centrales, qu’elles soient climatiques, réglementaires ou opérationnelles. Elle s’adresse directement aux DSI, aux directions financières et aux responsables RSE, avec l’idée de faire de la sobriété numérique non plus un sujet périphérique, mais un élément intégré aux arbitrages stratégiques.
Un changement de statut en cours
Dans les faits, ce type d’approche change surtout la manière dont ces projets peuvent être discutés en interne. Ce qui relevait jusqu’ici d’une démarche environnementale difficile à défendre face à des logiques purement financières devient plus lisible. On peut comparer, arbitrer, décider. Reste à voir si ces outils seront réellement utilisés dans les organisations, notamment du côté des directions financières, là où se jouent encore la plupart des décisions d’investissement.








