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ERP industriels : entre souveraineté logicielle, IA et pression économique

Les ERP occupent depuis longtemps une place centrale dans les systèmes d’information des entreprises industrielles. Mais leur rôle évolue. Automatisation des processus, interconnexion avec les machines, intégration progressive de l’intelligence artificielle et montée des préoccupations autour de la souveraineté logicielle redessinent les attentes des industriels. Pour Raphaël Maudet, fondateur de l’éditeur français Open-Prod, ces transformations obligent les entreprises à repenser leur rapport aux outils numériques qui structurent leur production.

L’ERP, pivot du système d’information industriel

Dans l’industrie, l’ERP ne se limite plus à gérer la comptabilité ou les commandes. Il devient le point de convergence des flux d’information qui traversent l’entreprise, depuis les machines jusqu’aux outils de conception. « L’ERP devient le centralisateur de la donnée », résume Raphaël Maudet. Dans les environnements industriels, cette position centrale implique une capacité croissante d’interconnexion. Les systèmes doivent dialoguer avec les machines de production, les logiciels de conception assistée par ordinateur ou encore les plateformes de gestion du cycle de vie des produits.

Cette évolution renforce le rôle stratégique de ces logiciels dans la transformation numérique des usines. L’ERP tend à devenir la colonne vertébrale qui relie les différents systèmes, tout en consolidant les données opérationnelles nécessaires au pilotage industriel.

L’intelligence artificielle arrive dans les processus métiers

L’intégration de l’intelligence artificielle dans les logiciels d’entreprise reste encore progressive, mais certains cas d’usage commencent à émerger dans les ERP industriels. Le but n’est pas d’évincer les utilisateurs, mais de simplifier certaines tâches analytiques ou administratives. « L’objectif n’est pas de remplacer les personnes, mais d’apporter de la productivité », explique Raphaël Maudet. Dans les usages envisagés, l’IA peut par exemple générer automatiquement des reportings, analyser des données de production ou automatiser certaines actions dans les processus commerciaux.

Dans ce type de scénario, l’outil peut réaliser une grande partie du travail préparatoire et l’utilisateur conserve le contrôle final. « Si quelqu’un passait deux ou trois heures à construire un reporting, l’IA peut réaliser 80 % du travail. La personne n’a plus qu’à finaliser. »

Ces mécanismes pourraient progressivement transformer certaines tâches répétitives au sein des entreprises industrielles, en libérant du temps pour l’analyse, la prise de décision ou encore la créativité.

La souveraineté logicielle revient dans les discussions

Au-delà des évolutions technologiques, les questions de dépendance vis-à-vis des éditeurs prennent une place croissante dans les réflexions des entreprises. Le sujet dépasse la seule dimension géopolitique. Il concerne aussi la maîtrise des coûts et la visibilité économique des solutions utilisées.

« Souvent, ce n’est pas seulement une souveraineté technologique, c’est surtout une souveraineté économique », estime Raphaël Maudet. Plusieurs entreprises ont récemment été confrontées à des hausses brutales de tarifs sur certains logiciels après des opérations de rachat ou des changements de stratégie commerciale. Dans ce contexte, les industriels cherchent davantage de prévisibilité. Les modèles économiques reposant sur des licences par utilisateur ou sur des abonnements variables sont parfois perçus comme des sources d’incertitude financière.

Certaines entreprises se tournent donc vers des solutions dont les coûts sont plus stables ou vers des approches open source, qui permettent théoriquement de réduire la dépendance à un éditeur unique.

Open source et indépendance vis-à-vis des éditeurs

Le modèle open source reste encore minoritaire dans l’univers des ERP industriels, mais il suscite un intérêt croissant. L’un des arguments avancés est la possibilité de réduire les situations de verrouillage technologique, dans lesquelles un client devient dépendant d’un fournisseur unique. « Les clients ne sont pas captifs », souligne Raphaël Maudet. L’accès au code et l’existence d’un écosystème d’intégrateurs peuvent permettre aux entreprises de conserver une certaine autonomie dans l’évolution de leur système d’information.

Cette logique répond aussi à une autre attente fréquente des industriels : l’adaptation aux métiers. Dans certains secteurs, les entreprises recherchent des solutions très spécialisées, capables d’intégrer des processus propres à leur activité.

La digitalisation, condition de compétitivité industrielle

Au-delà des outils eux-mêmes, l’enjeu touche plus largement à la compétitivité industrielle. La digitalisation des systèmes d’information devient un facteur déterminant pour maintenir une activité industrielle en Europe. « Le digital n’est plus une option », affirme Raphaël Maudet. Les entreprises capables de s’appuyer sur des systèmes d’information performants peuvent automatiser davantage leurs processus, améliorer leur traçabilité et piloter plus finement leur production.

Dans un environnement de concurrence mondiale, ces gains peuvent faire la différence. « Si on veut avoir encore de l’industrie dans dix ou quinze ans, il faut vraiment la digitaliser. » La transformation numérique de l’industrie repose ainsi sur un ensemble de briques technologiques – ERP, robotique, analyse de données, intelligence artificielle – qui participent toutes à l’évolution des modèles de production. Pour les entreprises européennes, l’enjeu consiste désormais à s’approprier ces outils sans perdre la maîtrise de leurs infrastructures numériques.