Le fondateur de Tesla et SpaceX comparaît devant un tribunal fédéral de San Francisco dans un procès intenté par d’anciens actionnaires de X, anciennement Twitter. Ils l’accusent d’avoir manipulé le cours de l’action en 2022, en multipliant les déclarations publiques sur la plateforme qu’il s’apprêtait à racheter. En jeu : la responsabilité d’un dirigeant quand ses messages sur les réseaux sociaux influencent les marchés.
Un tweet au cœur du procès
L’affaire remonte au printemps 2022, au moment où Elon Musk annonce son intention de racheter Twitter pour 44 milliards de dollars. Le 13 mai, alors que la transaction est en cours, le milliardaire publie un message affirmant que l’accord est « temporairement suspendu » dans l’attente de précisions sur la proportion de comptes automatisés et de spam sur la plateforme.
Le marché réagit immédiatement : l’action Twitter chute d’environ 9 % dans la journée. Pour les investisseurs ayant vendu leurs titres durant cette période, ce message aurait créé une instabilité durable autour de la transaction.
Selon les plaignants, Elon Musk savait pourtant que l’accord signé avec le conseil d’administration ne lui permettait pas de suspendre unilatéralement l’opération. Leur avocat évoque devant le tribunal une stratégie visant à déstabiliser Twitter afin d’obtenir de meilleures conditions de rachat. Cette tactique, qualifiée de « rope-a-dope », renvoie à une stratégie de boxe consistant à épuiser l’adversaire avant de porter l’attaque finale. Plusieurs médias américains, dont l’Associated Press et le Financial Times, ont relaté les échanges présentés au tribunal.
La défense de Musk : une simple opinion
À la barre, Elon Musk rejette toute accusation de manipulation de marché. Il affirme avoir simplement exprimé ses doutes sur l’ampleur des faux comptes sur la plateforme.
Selon les comptes rendus du San Francisco Chronicle et du Guardian, le dirigeant a expliqué que ses messages publics ne visaient pas à influencer le marché. « Je ne faisais qu’exprimer ma pensée » a-t-il répété devant le tribunal (citation traduite de l’anglais).
Le milliardaire soutient également que Twitter lui aurait fourni des informations trompeuses sur le volume réel de comptes automatisés. Dans cette optique, ses déclarations relèveraient d’un débat légitime autour des conditions de la transaction.
Il a aussi relativisé l’impact de ses publications sur la valorisation de l’entreprise, décrivant les marchés financiers comme « maniaco-dépressifs » et capables de réagir de manière imprévisible aux signaux publics.
Un précédent et des enjeux juridiques importants
Ce procès intervient dans un contexte où les communications publiques des dirigeants technologiques sont de plus en plus scrutées par les régulateurs. Elon Musk s’est déjà retrouvé devant la justice pour des messages publiés sur les réseaux sociaux. En 2018, il avait affirmé dans un tweet disposer du financement nécessaire pour retirer Tesla de la Bourse et racheter les actions des investisseurs, une déclaration qu avait déclenché une procédure du régulateur américain des marchés financiers.
Dans le cas de Twitter, l’enjeu est particulièrement élevé. Les investisseurs réclament des dommages et intérêts pour compenser les pertes subies durant les mois d’incertitude qui ont précédé la finalisation du rachat en octobre 2022.
L’affaire pourrait également peser sur d’autres procédures. La Securities and Exchange Commission, le régulateur américain des marchés financiers, enquête déjà sur les conditions dans lesquelles Elon Musk a déclaré sa participation initiale dans Twitter avant de lancer son offre de rachat.








