Accueil souveraineté PPE3 : l’électricité, socle discret de la souveraineté numérique

PPE3 : l’électricité, socle discret de la souveraineté numérique

Avec la publication de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), le Gouvernement fixe un cap ambitieux pour 2035. Derrière les chiffres énergétiques se dessine un enjeu stratégique majeur : sans électricité souveraine, pas d’IA souveraine.

Une dynamique énergétique taillée pour 2035

Le Gouvernement a publié la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui fixe la stratégie énergétique française pour 2026-2035, avec l’ambition de porter la production électrique décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023. Le plan prévoit également une inversion progressive du mix énergétique, avec 60 % d’énergie décarbonée dès 2030 et 70 % en 2035. La demande électrique, elle, est estimée à 618 TWh à l’horizon 2035, dans un contexte d’électrification accrue de l’industrie, des mobilités et des usages numériques.

Au-delà de la transition climatique, le texte assume un enjeu de souveraineté énergétique et de compétitivité. Pour le secteur numérique, cette montée en puissance électrique conditionne directement la capacité de la France à accueillir et développer des infrastructures intensives, dans un contexte de compétition internationale sur l’implantation de grands campus de datacenters.

L’angle énergétique de l’IA

L’essor de l’IA générative, du calcul haute performance et des grands campus de datacenters bouleverse les équilibres énergétiques. La PPE3 intègre explicitement un plan national d’électrification des usages, incluant l’industrie, les mobilités, le bâtiment et le numérique. Dans le dossier de presse, le Gouvernement précise que la capacité photovoltaïque visée à horizon 2035 pourrait couvrir une part significative des besoins des datacenters. Ce point est loin d’être anecdotique.

À mesure que l’IA s’industrialise, la disponibilité d’une électricité abondante, stable et à prix compétitif devient un facteur déterminant dans la localisation des projets numériques stratégiques. La question est donc structurante : le cap énergétique français est-il calibré pour absorber une accélération rapide des besoins liés à l’IA et au cloud souverain ? Car derrière chaque modèle d’IA, chaque plateforme SaaS, chaque projet de cloud de confiance, se trouve une réalité physique : des mégawatts, des postes électriques, des capacités de raccordement et des délais administratifs.

Le réseau, pilier stratégique du numérique

La PPE3 ne se limite pas à la production. Elle prévoit également un effort massif sur le réseau électrique. Le schéma décennal de développement du réseau porté par RTE représente un investissement de l’ordre de 100 milliards d’euros sur 15 ans. Ce chantier touche directement les fonctions stratégiques du système énergétique : adaptation du réseau à un climat plus chaud, raccordement des nouvelles installations industrielles et numériques, renforcement des lignes haute et très haute tension ainsi que réforme du mécanisme de capacité pour sécuriser les pointes hivernales.

Dans cette perspective, le réseau électrique s’impose comme un maillon essentiel des infrastructures stratégiques, au même titre que les réseaux télécoms ou les câbles sous-marins. La PPE prévoit d’ailleurs une réforme du mécanisme de capacité dès l’hiver 2026-2027 afin d’assurer la sécurité d’approvisionnement. À l’heure où les installations énergétiques figurent parmi les cibles prioritaires des menaces hybrides et des attaques cyber, la résilience électrique ne relève plus seulement de la politique énergétique. Elle devient un enjeu de sécurité nationale et, indirectement, de continuité des services numériques.

Souveraineté énergétique et souveraineté technologique : une convergence assumée

La PPE3 assume une dimension industrielle forte. Les appels d’offres intégreront des critères européens issus du règlement « Industrie zéro net » afin de favoriser les chaînes de valeur européennes. Cette logique dépasse le seul secteur énergétique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction des dépendances stratégiques et de réindustrialisation. Le plan met en avant plus de 120 000 emplois supplémentaires à horizon 2030, notamment dans le nucléaire, le photovoltaïque et l’éolien en mer.

Or la souveraineté numérique repose elle aussi sur la maîtrise des chaînes d’approvisionnement critiques, qu’il s’agisse des composants, des équipements réseaux ou des capacités de calcul. L’articulation entre stratégie énergétique et stratégie technologique apparaît ici plus explicite que par le passé. Une électricité décarbonée abondante peut ainsi constituer un avantage comparatif dans la compétition internationale pour les infrastructures IA les plus intensives.

Une question structurante pour 2030-2035

La PPE3 introduit pour la première fois une clause de revoyure en 2027 afin d’ajuster les objectifs à l’évolution réelle de la demande. Cette clause sera déterminante si l’électrification, et notamment la consommation liée au numérique, progresse plus rapidement qu’anticipé.

La souveraineté numérique dépend aussi d’une capacité énergétique maîtrisée. À l’heure où l’IA devient un levier de puissance économique et géopolitique, la PPE3 pourrait ainsi constituer l’un des textes structurants, en arrière-plan mais décisifs, pour l’écosystème numérique français.