Le dernier baromètre de valorisation des ESN françaises, réalisé par Crescendo Finance en partenariat avec PAC, analyse 475 opérations de M&A entre 2019 et 2024. Il met en évidence un tournant : ralentissement inédit des services IT, normalisation des multiples et concentration de la création de valeur sur le cloud, l’IA et la cybersécurité.
Le marché des ESN françaises change de tempo. Après l’euphorie post-Covid, portée par la transformation numérique accélérée et des conditions de financement favorables, le secteur entre dans une phase de rationalisation. Comme le souligne le baromètre, l’environnement est désormais marqué par davantage de prudence et une recherche de valeur durable.
Entre 2021 et 2023, le marché français du numérique progressait encore de 8 % par an. En 2025, la croissance attendue n’est plus que de 2,1 %, d’après les données de PAC. Plus significatif encore, les services IT devraient reculer de 2,1 % en 2025, un signal fort dans un secteur historiquement dynamique. La France affiche par ailleurs la plus faible croissance numérique d’Europe de l’Ouest en 2024, à +2,6 %.
Multiples : la fin des excès
Cette inflexion macroéconomique se reflète directement dans les valorisations. En 2022, les multiples d’EBITDA avaient atteint un pic à 13,9x. En 2024, ils reviennent autour de 9x. Comme le souligne le baromètre, le marché a corrigé ses excès.
La trajectoire est parlante. En 2019, les multiples d’EBITDA s’établissaient à 9,7x. Ils culminent à 13,9x en 2022, avant de tomber à 7,5x en 2023, puis de se stabiliser en 2024. Les multiples de chiffre d’affaires suivent la même logique, avec un point bas à 0,70x en 2023 et un redressement à 1,35x en 2024.
Mais la moyenne masque des écarts structurants. D’après les données de l’étude, la cybersécurité affiche parmi les multiples les plus élevés du marché. Les segments Data et IA bénéficient également d’une forte attractivité. À l’inverse, l’infogérance se distingue par des valorisations plus faibles, reflet de modèles plus matures et davantage exposés à la pression sur les marges.
La consolidation, elle, reste soutenue. Sur les 475 opérations analysées entre 2019 et 2024, 75 % sont réalisées par des acquéreurs industriels. Et 76 % des transactions concernent des cibles réalisant moins de 15 M€ de chiffre d’affaires. Comme le souligne le baromètre, la consolidation est d’abord « bottom-up » : les corporates privilégient des structures agiles et facilement intégrables, tandis que les fonds ciblent plus volontiers des ETI matures, avec 47 % des investissements concentrés sur des entreprises générant au moins 50 M€ de chiffre d’affaires.
Cloud, IA, cybersécurité : les nouveaux moteurs
Si le marché se normalise, il ne se contracte pas uniformément. Il se polarise.
Les expertises les plus recherchées sont l’infrastructure et le cloud, la Data et l’IA, ainsi que la cybersécurité. Les ESN positionnées sur ces segments et adoptant des modèles à revenus récurrents conservent, d’après les données du baromètre, une prime de valorisation pouvant atteindre jusqu’à 15x l’EBITDA.
L’IA générative agit comme catalyseur. Selon l’enquête CxO citée dans l’étude, 72 % des entreprises françaises en font une priorité stratégique. Le marché français de l’IA générative, estimé à 425 M€ en 2024, pourrait atteindre 3,2 Mds€ d’ici 2028, avec un taux de croissance annuel moyen de 66 %. Comme le souligne l’analyse stratégique de PAC, l’explosion de l’IA générative n’a pas de précédent dans l’histoire des technologies numériques.
Dans le même temps, la structure des dépenses IT évolue. En 2025, les services IT reculent de 2,1 %, alors que les dépenses en plateformes cloud (IaaS/PaaS) progressent de plus de 18 %, et que les logiciels en mode SaaS continuent de croître d’environ 5 %. D’après les données de PAC, la dépense IT totale en France atteint 126,6 Mds € en 2025, en hausse de 2,1 %, mais avec une réallocation claire vers le cloud, les logiciels et la cybersécurité.
Vers un marché plus mature
Face au ralentissement intérieur, les ESN françaises poursuivent leur déploiement international. Soixante-quinze opérations ont été recensées à l’étranger sur cinq ans, principalement au Benelux, au Royaume-Uni, en Suisse et aux États-Unis. Comme le souligne le baromètre, la diversification géographique devient un levier clé de résilience.
Au final, l’écosystème apparaît à la croisée des chemins. Moins spéculatif, plus sélectif dans ses valorisations, technologiquement polarisé autour de la donnée, du cloud et de la cybersécurité. Les acteurs capables d’investir, d’attirer les talents et de générer des revenus récurrents concentreront, d’après les données de l’étude, l’essentiel de la création de valeur dans les prochaines années.
La phase d’euphorie est terminée. Le nouveau cycle, plus exigeant, commence.








