Derrière les annonces et les feuilles de route concentrées sur l’IA, une réalité plus rugueuse s’impose : les infrastructures peinent à suivre. Une étude récente de Netskope met en lumière un décalage croissant entre les ambitions portées par l’IA et la capacité réelle des systèmes informatiques à tenir la promesse, en matière de performance, de résilience et de sécurité.
Des attentes qui explosent, des fondations fragilisées
En un an, la pression s’est nettement accrue sur les équipes en charge de l’infrastructure. Huit responsables informatiques sur dix constatent une hausse marquée des attentes de leur direction, tandis qu’une large majorité estime qu’on leur en demande personnellement davantage. Pourtant, moins de quatre sur dix jugent leur infrastructure réellement capable d’absorber ces nouvelles exigences. Le constat est encore plus sévère lorsqu’il s’agit des moyens : seuls 18 % considèrent disposer des équipes et des budgets nécessaires pour répondre au triptyque devenu incontournable, performance, résilience, sécurité, à l’ère de l’IA.
Ce décalage n’est pas marginal : l’IA agit comme un accélérateur brutal sur des environnements déjà sous contrainte, souvent bâtis sur des technologies héritées, pensées pour la stabilité plus que pour l’élasticité ou l’observabilité en temps réel.
Le fossé stratégique entre vision et exécution
L’étude met également en évidence un malaise plus profond : celui de l’alignement. Une majorité des responsables I&O interrogés se sentent tenus à l’écart des discussions stratégiques qui façonnent pourtant les choix technologiques structurants. Certains reconnaissent même ne pas comprendre clairement les objectifs fixés au plus haut niveau. Résultat : une fonction qui bascule trop souvent dans la réaction plutôt que dans l’anticipation, et une infrastructure perçue comme un centre de coûts ou un frein, plutôt que comme un levier.
Ce manque d’alignement nourrit une incompréhension mutuelle. Les directions attendent davantage de transparence et de lisibilité sur l’état réel des systèmes, tandis que les équipes techniques composent avec des arbitrages jugés irréalistes au regard des architectures en place. La sécurité, la performance et la résilience deviennent alors des indicateurs de tension, plus que de pilotage.
L’IA, révélateur des limites du « tant que ça marche »
Longtemps, l’infrastructure a évolué selon une logique incrémentale : on ajuste, on empile, on corrige tant que l’existant tient. Mais l’IA change la donne. Elle impose des exigences nouvelles en matière de latence, de disponibilité, de visibilité et de protection des données. Or, dans de nombreuses organisations, les priorités restent focalisées sur des problématiques anciennes : sécurisation des accès distants, amélioration de la visibilité réseau, optimisation des opérations courantes. L’adoption de l’IA, elle, arrive souvent en second plan, alors même qu’elle redéfinit les contraintes techniques de fond.
Comme le résume Mike Anderson, Chief Digital and Information Officer chez Netskope, « l’IA a accéléré les exigences sur les infrastructures d’entreprise à un rythme que les systèmes d’ancienne génération, compte tenu de leur conception, ne peuvent suivre ». Selon lui, le problème n’est pas uniquement technologique : il est aussi culturel et organisationnel. Les dirigeants cherchent une lecture claire des risques et de la résilience, tandis que les équipes I&O doivent garantir fiabilité et sécurité avec des ressources limitées.
De l’infrastructure subie à l’infrastructure stratégique
Tant que les décisions d’infrastructure resteront cantonnées à un discours technique, le fossé persistera. Traduire les choix d’architecture en impacts concrets, réduction du risque, agilité opérationnelle, capacité à déployer l’IA de manière sécurisée, devient une condition de survie.
La question n’est plus de savoir si l’infrastructure doit évoluer, mais si les organisations sont prêtes à la repenser avant que la promesse de l’IA ne se heurte, durablement, aux limites du socle technique.








