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Capgemini pourrait supprimer 2 400 emplois : un plan social en débat sur fond d’IA et de ralentissement

Le groupe français de services numériques Capgemini envisage la suppression d’emplois, jusqu’à 2 400 en France, soit environ 6–7 % de ses effectifs dans l’Hexagone, en invoquant un ralentissement de l’activité et les mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle. Le plan social ouvre un débat sur la manière dont les grandes ESN adaptent leurs modèles face à la transition numérique et à la pression sur la demande des clients.

Un plan social d’ampleur encore en discussion

Le géant français du conseil et des services informatiques Capgemini a annoncé, mardi 20 janvier, qu’il envisageait de supprimer jusqu’à 2 400 postes en France. Il passerait pour cela par un plan de restructuration basé sur des reclassements internes et des départs volontaires. L’entreprise justifie ces suppressions par un ralentissement de l’activité dans certains secteurs clés, notamment l’automobile et l’industrie, ainsi que par « l’accélération des mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle ». À ce stade, le projet reste soumis à négociation avec les syndicats et à l’accord des instances représentatives du personnel.

La transformation technologique comme justification

La communication officielle insiste sur le volontariat des départs et la reconversion vers des métiers jugés d’avenir (cloud, data, IA), mais pose plusieurs questions. D’abord, l’argument technologique reste largement rhétorique. Comment distinguer ce qui relève d’une adaptation nécessaire à l’évolution des métiers et ce qui constitue une logique de rationalisation des coûts ? L’usage de l’IA est souvent mis en avant comme levier de transformation, mais sans chiffres précis sur son impact réel sur les tâches ou les gains de productivité, ce qui laisse la porte ouverte à des interprétations polémiques.

Ensuite, les suppressions s’inscrivent dans un contexte plus large de pressions sur les ESN (entreprises de services du numérique) comme la concurrence accrue, la sous-traitance internationale et les attentes croissantes des clients en matière de tarifs et d’innovation. Une partie des observateurs et salariés interrogés soulignent que des choix stratégiques, comme la délocalisation de ressources ou l’optimisation des marges, jouent un rôle significatif dans ces décisions, au-delà de l’argument technologique.

Cette restructuration intervient dans un contexte de marché du numérique français encore contrasté, comme le souligne la dernière étude de Numeum. Selon le syndicat, la croissance du secteur s’est limitée à +2 % en 2025, avec une baisse de l’activité des ESN (-1,8 %), malgré des signaux d’amélioration en fin d’année, notamment sur les taux d’occupation et les carnets de commandes. Numeum anticipe toutefois un retour progressif à la croissance des services en 2026 (+1,4 %), porté par l’industrialisation de l’IA générative, la reprise des investissements IT et les projets de souveraineté numérique. Un contexte qui met sous tension les modèles économiques des grandes ESN, prises entre pression sur les marges à court terme et nécessité d’investir dans de nouvelles compétences.

Une tension classique dans les grandes ESN

Dans ce contexte de marché sous tension mais en amélioration progressive, la situation spécifique des grands acteurs du secteur invite toutefois à une lecture différenciée. Ce plan survient alors que Capgemini affiche une santé financière encore solide à l’échelle mondiale, avec un chiffre d’affaires conséquent (4 380 000 milliers d’euros soit le premier en haut du classement 2025 ESN et ICT de Numeum) et des acquisitions récentes pour renforcer ses capacités dans l’IA. Certains y voient la tension classique entre impératifs financiers et responsabilité sociale des grandes entreprises technologiques. A quel point une transition numérique peut-elle être synonyme de progrès pour tous plutôt que de réduction de coûts au détriment de l’emploi ? Le débat reste ouvert, et les modalités du plan social, notamment l’accompagnement réel des salariés concernés, seront scrutées lors des négociations à venir avec les syndicats et les représentants du personnel.