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Macron, Trump et Signal : quand le chiffrement se fracasse sur la fuite humaine

Image générée par IA.

Après la publication par Donald Trump d’échanges privés attribués à Emmanuel Macron, un détail technique a largement disparu du débat public. Ces messages auraient transité via Signal, messagerie chiffrée régulièrement prise pour cible dans les discussions politiques sur l’accès aux communications. L’épisode remet au centre une question simple. La sécurité d’un canal protège-t-elle encore quand l’usage, la gouvernance et la fuite humaine prennent le dessus.

Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas, sur les messages « Macron »

Donald Trump a publié des captures d’échanges privés qu’il attribue notamment au président français, dans un contexte de tensions diplomatiques autour du Groenland. Plusieurs médias rapportent l’épisode et la réaction de l’exécutif français, sans qu’un débat public documenté n’ait, à ce stade, établi une contestation technique étayée de l’authenticité du contenu. Ce point compte pour éviter le piège du « tout est faux » ou du « tout est vrai ». En cybersécurité, l’analyse sérieuse commence par la traçabilité et les éléments vérifiables. Ici, l’information la plus robuste n’est pas l’intention présumée, mais le fait qu’un échange privé a été rendu public, et que l’outil évoqué est une messagerie chiffrée.

Le détail qui change tout, et qui embarrasse tout le monde

Si ces échanges sont bien passés par Signal, l’affaire met en scène une messagerie dont la promesse centrale est le chiffrement de bout en bout. Or, depuis des mois, les débats politiques en France et en Europe reviennent de façon cyclique sur l’idée de fragiliser ce chiffrement au nom de la lutte contre la criminalité. Signal, de son côté, a répété qu’elle ne créerait pas de mécanisme d’accès « réservé aux autorités » et qu’elle préférerait quitter un marché plutôt que d’affaiblir le chiffrement. La position est assumée publiquement dans le dossier européen « Chat Control ».

La France a déjà tranché pour ses hauts responsables, en défaveur de Signal

Autre ironie. L’État français a, en pratique, demandé à ses responsables et à ses agents de se détourner d’applications grand public, dont Signal, au profit de solutions « sous maîtrise » ou estampillées sphère publique. Deux jalons sont particulièrement utiles à rappeler. Une circulaire du 22 novembre 2023 a prescrit Olvid pour les membres du gouvernement et cabinets. Puis, une circulaire de l’été 2025 a mis Tchap au premier plan pour les agents, avec une bascule au 1er septembre 2025, l’argument de fond étant de réduire la dépendance aux messageries étrangères. Ce que l’on retient ici, c’est que l’outil « acceptable » côté État n’est pas celui qui fait l’actualité mondiale. Et l’outil qui fait l’actualité mondiale redevient, mécaniquement, un symbole, indépendamment de ses qualités techniques réelles.

Backdoors, « accès légal », chiffrement, les mots changent, le risque reste

L’affaire réactive un débat français très concret. En 2025, la proposition de loi contre le narcotrafic a ravivé l’idée d’imposer aux messageries chiffrées un accès au contenu des échanges, approche que de nombreux experts assimilent à une backdoor, quel que soit le vocabulaire retenu. L’Assemblée nationale a finalement rejeté l’affaiblissement du chiffrement dans ce cadre. Ce précédent est utile pour éviter les postures. Les responsables publics peuvent critiquer Signal sur la souveraineté ou la maîtrise, tout en se heurtant à un mur technique dès qu’il est question d’imposer une « exception » au chiffrement. Et c’est précisément ce mur que Signal brandit dans le dossier européen « Chat Control ».

Le vrai angle cyber, et il est moins glamour que le chiffrement

Même si Signal est utilisée, le chiffrement n’a jamais été une garantie contre la fuite humaine. Il protège l’échange contre l’interception et l’écoute sur le transport. Il ne protège pas contre le destinataire qui relaie, copie, capture ou republie. L’épisode Trump–Macron, si l’on s’en tient aux faits publics, illustre surtout un principe SSI souvent oublié dans le débat grand public. La sécurité d’un outil ne compense pas un usage hostile, une gouvernance défaillante, ou une décision politique de divulgation.