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Quand Grok se faufile dans les couloirs de Washington

robert hayes grok washington generee par canva

Un ancien cadre impliqué dans le développement de Grok occupe désormais une fonction stratégique au sein de l’administration américaine. Sa nomination, assortie d’une dérogation exceptionnelle aux règles de déontologie, éclaire les relations de plus en plus étroites entre les acteurs de l’IA et les sphères de décision publiques.

Une dérogation qui interroge

Robert Hayes, ex-responsable chez X ayant travaillé sur le chatbot Grok, a été nommé Chief AI Officer à l’Office américain des brevets et des marques, lit-on chez The Lever. Particularité notable : il conserve des participations financières dans xAI, l’entreprise qui développe Grok. Une situation normalement incompatible avec un poste de cette nature, mais validée par une exemption officielle.

Cette décision a immédiatement suscité des critiques. Richard Painter, professeur de droit et ancien responsable de l’éthique à la Maison-Blanche, qualifie cette dérogation de « très inhabituelle ». Selon lui, les règles fédérales visent précisément à éviter qu’un responsable public puisse influencer des décisions réglementaires tout en conservant des intérêts financiers directs dans une entreprise concernée.

Un chatbot sous surveillance

Grok traîne un passif lourd. Le chatbot a été impliqué dans plusieurs controverses liées à la génération de contenus problématiques, notamment des deepfakes et des réponses jugées politiquement ou idéologiquement extrêmes. Ces dérives ont déjà déclenché des réactions de régulateurs, en Europe notamment, où certaines utilisations ont été qualifiées d’illégales.

La coïncidence entre ces mises en cause et l’arrivée d’un ancien cadre du projet dans une fonction publique clé n’a rien d’anodin. Elle souligne une tension persistante : celle d’une régulation qui peine à s’émanciper complètement des intérêts industriels qu’elle est censée encadrer.

Une gouvernance sous pression

La nomination de Robert Hayes risque de devenir un cas d’école. Elle cristallise les débats sur la gouvernance de l’IA, la prévention des conflits d’intérêts et la crédibilité des politiques publiques face à des technologies à fort pouvoir de transformation.