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120 millions d’euros pour un datacenter pensé pour chauffer la ville plutôt que pour empiler les mégawatts

Crédit : Phocea DC.

L’opérateur marseillais boucle un tour de table avec le fonds paneuropéen Marguerite pour financer un réseau de datacenters Edge de 3 à 4 MW disséminés dans la ville. Derrière l’enveloppe de 120 millions d’euros, Damien Desanti, fondateur et CEO de PHOCEA DC, revendique surtout un modèle : celui d’un numérique pensé avec les contraintes urbaines plutôt que contre elles, et une chaleur fatale réellement redistribuée aux habitants.

Douze mégawatts. C’est la cible que se fixe PHOCEA DC avec son nouveau plan d’investissement, répartie sur deux à trois sites de 3 à 4 MW chacun. Le chiffre surprend par sa modestie face aux campus hyperscale qui se comptent en centaines de mégawatts. C’est précisément le point que défend Damien Desanti, qui refuse de voir dans les 120 millions levés le signe d’un changement de catégorie. 

Nous n’avons pas vocation à aller marcher sur le marché de l’hyperscale, pas du tout

Damien Desanti est le fondateur de Phocea DC.

Crédit : Phocea DC.

Il résume sa philosophie : « On n’est pas en train de dire qu’on va empiler des mégawatts de façon massive. On veut une implantation intégrée, intelligente, structurée, et vertueuse pour la collectivité. »

Une complémentarité assumée face aux hyperscalers

Le raisonnement tient d’abord à la géographie. Marseille est coincée entre mer et montagne, le foncier y est rare et cher, et le climat, plus chaud que dans le nord de la France, complique l’atteinte de bons PUE. Ces contraintes, qui repoussent souvent les grandes puissances vers l’axe Aix-Marseille-Fos, deviennent chez Phocea DC un argument de méthode. « Un hyperscaler, c’est plusieurs dizaines voire centaines de mégawatts. Ça, ce n’est déjà pas un projet qui peut se faire en pleine ville. Aucun maire n’acceptera ça dans une grande ville », affirme Damien Desanti.

La municipalité a d’ailleurs posé ses propres limites : un moratoire sur l’implantation de datacenters en 2024, suivi d’une feuille de route de la métropole Aix-Marseille-Provence en 2025 détaillant les conditions à respecter. Plutôt que d’y voir un frein, PHOCEA DC en a fait un cahier des charges, en repérant avec Enedis les réserves d’électricité disponibles localement ou les réseaux de chaleur déjà en projet à proximité. Sur le choix de son investisseur, Desanti insiste sur l’absence d’arbitrage imposé de l’extérieur : « Marguerite n’est pas venu avec sa propre idée en nous disant ce qu’il fallait faire. Ils ont adhéré au projet Phocéa de A à Z, et c’est ce qui a permis d’aller au bout de la négociation. »

La chaleur fatale, une promesse tenue plutôt qu’affichée

C’est là que se joue, pour PHOCEA DC, la vraie différenciation. Un site de 3 à 4 MW permettrait de réutiliser la moitié de sa chaleur fatale, de quoi chauffer plus de 1 000 logements sociaux à Marseille.

« On a déjà un accord, avec toutes les études faites, avec un bailleur social et un opérateur de réseau de chaleur. On communiquera plus en détail là-dessus prochainement », précise Damien Desanti. Il s’en sert pour tracer une frontière nette avec des opérations qu’il juge davantage cosmétiques :

Crédit : Phocea DC.

« Certains disent qu’ils font 100 mégawatts et chauffent une piscine. Sur le papier, ça fait bien. Mais dans le milieu, on sait qu’une piscine en plein air se chauffe très facilement avec 100 kilowatts. » Sa conclusion : « J’aimerais qu’on parle plutôt en pourcentage de chaleur fatale réellement réutilisée, avec des seuils plus honnêtes. »

Sur le terrain commercial, le fondateur ne se raconte pas d’histoires. « Le marché français cherche d’abord de la souveraineté, avant l’éco-responsabilité. Il faut être honnête : les clients ne sont pas prêts à payer plus cher pour être plus verts », observe-t-il. Il pointe aussi un décalage avec les acteurs étrangers, plus offensifs sur le marché français, mais qui se contentent selon lui d’une électricité décarbonée d’origine nucléaire sans intégrer la valorisation de la chaleur fatale à leurs critères : « Le fait qu’un datacenter chauffe 1 000 logements sociaux à Marseille, ça, ils ne le prennent pas en compte. » Un choix qu’il revendique comme désintéressé : « Ce n’est pas une démarche pour aller chercher de nouveaux clients. Avoir un réseau de chaleur ne m’amène pas plus de clients. »

Marseille, laboratoire d’un modèle réplicable

Fondée en 2023, PHOCEA DC a ouvert son premier site dans le 3ᵉ arrondissement en janvier 2025 : 1 700 m², 1,2 MW, conforme à la norme Tier 3, avec un PUE cible de 1,2 et les certifications ISO 27001, HDS, PCI-DSS et ISO 22301. Un deuxième site est déjà en développement. C’est sur cette base que Desanti veut désormais démontrer la reproductibilité du modèle. La ville concentre selon lui les deux faces du problème, entre seize câbles sous-marins atterrissant sur son territoire et rareté du foncier ou moratoire municipal. « Si on y arrive à Marseille, ça veut dire qu’on peut y arriver dans beaucoup de villes de France et d’Europe », résume-t-il, avant de conclure : « On aura montré qu’une ville aussi complexe que Marseille, avec ses atouts mais aussi ses contraintes, peut accueillir quelque chose de vertueux. »