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« Odoo est le logiciel de gestion le plus installé dans le monde »

INTERVIEW – Fabien Pinckaers, fondateur et CEO d’Odoo

 

Fabien Pinckaers, fondateur et CEO d’Odoo, est un dirigeant plein de ressources qui, il y a plusieurs années, a vendu des T-Shirts pour geeks, sur le thème de Linux. En 2002, il lanceTinyERP, devenu ensuite OpenERP, puis aujourd’hui Odoo. Cette suite d’applications métiers est numéro 1 dans le monde avec des milliers de modules en open source : CRM, RH, CMS, marketing,ventes, etc.

 

Solutions Numériques : Oddo fait moins la Une que d’autres éditeurs d’ERP, mais la solution est pourtant très utilisée…

Fabien Pinckaers : Oui, nous avons un nombre impressionnant d’utilisateurs, au total un peu moins de 3 millions. Nous avons bien grandi, la moyenne de croissance sur les 10 dernières années est de 69 % par an, ce qui est très agressif. On a principalement grandi de manière organique. On a eu deux levées de fond, mais la croissance se fait par le chiffre d’affaires. Nous sommes passés d’un à une centaine d’employés, en Belgique et en Inde. J’ai débuté seul, étudiant, puis j’ai commencé à embaucher. Aujourd’hui Odoo est le logiciel de gestion le plus installé dans le monde. Mon sentiment est que cela a été difficile pendant 10 ans, même si nous avons bien grandi. Depuis un peu moins d’1 an, tout marche. On fait un CA de 24 millions d’euros, et on génère un cash flow positif (presque 150 000 euros par mois). On a 750 partenaires dans 130 pays, dont une partie d’intégrateurs ERP, comme Smile. 50 % de nos partenaires font plus de la moitié de leur CA sur Odoo. On est le core business de la majorité de nos partenaires. Toute notre croissance de CA va se traduire en recrutements, avec une augmentation de 60 % de nos effectifs.

 

SN : Pourquoi avoir changé plusieurs fois le nom du produit?

F.P. : Quand on a commencé à vendre aux Etats-Unis, le nom “Tiny” évoquait un petit logiciel. On l’a donc renommé en Open ERP. Mais ne considérant plus la solution comme un ERP, nous avons souhaité supprimer ce mot, et nous sommes partis sur un nom qui ne veut rien dire : Odoo.

 

SN : Comment vendez-vous votre solution aujourd’hui ?

F.P. : On a un produit complètement open source (Odoo Community) et un autre avec des fonctionnalités suppplémentaires payantes (Odoo Enterprise), ce qui n’était pas le cas auparavant. C’est un business model “Open core”. Une version Cloud pour les PME et on premise pour les plus grandes entreprises.

Odoo Entreprise on premise coûte 25 euros/utilisateur/mois tout compris, sans extra. Odoo online est à 20 euros/utilisateur/mois plus un petit supplément par application. Un coût bien inférieur à un Netsuite ou à un Dynamics. Nous avons aujourd’hui 8 000 clients sur le modèle payant, par exemple plusieurs ministères portugais (350 000 utilisateurs), Wavestone (3 200 utilisateurs), Danone ou encore Toyota… On rentre par le bas, par les départements, et non pas par le conseil d’administration. On grandit ensuite dans l’entreprise.

 

SN : comment se différencie-t-elle des concurrents ?

F.P. : Nous avons une approche très différente. Odoo est davantage une suite d’applications intégrées. Un peu comme dans un apps store: vous prenez celles qui vous intéressent. Mais nos applications s’intègrent parfaitement entre elles, ce n’est pas de l’interfacage. Nous sommes très loin de l’idée d’un ERP, d’un gros bloc qui fait tout. Notre compta, notre CRM, par exemple, sont autant de très bonnes solutions. Dans la gestion, nous sommes conformes aux règlementations de chaque pays et cela est même garanti par contrat. A chaque nouvelle réglementation, on fait évoluer le logiciel.

Il y a deux types d’acteurs sur le marché. D’un côté les ERP qui couvrent un large spectre, coûteux et pénibles à utiliser par l’utilisateur final. De l’autre, des apps uniques, d’une grande simplicité mais qui ne font qu’une seule chose. Notre challenge est d’arriver à avoir un champ fonctionnel complet et une hypersimplicité d’utilisation. Personne n’a jamais réussi et c’est pour cela que le taux d’équipement des ERP en entreprise est peu élevé, autour de 20 %.

 

 

Juliette Paoli