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AWS Summit 2018 : Amazon réplique à Google dans l’IA

Quelques jours seulement après la conférence utilisateurs parisienne de Google, c’étaient à Amazon Web Services de réunir le 19 juin sa communauté de développeurs à Paris. Werner Vogels, son CTO, a répliqué à l’offensive de Google dans l’intelligence artificielle…

4 000 personnes étaient attendues au Palais des Congrès de Paris ce jour-là. Werner Vogels, le charismatique CTO d’Amazon Web Services, a répondu point par point aux annonces de Google, qui pousse désormais son offre Cloud AI auprès des entreprises. Alors qu’il est acquis maintenant qu’AWS a battu Google sur le marché IaaS (Infrastructure as a Service), Google compte bien prendre sa revanche dans le PaaS (platform as a Service) et l’intelligence artificielle. Le marketing de Google a largement mis en avant son offre Cloud AI lors de sa dernière conférence Google Cloud Summit voici quelques semaines.

Amazon met en avant ses 25 ans d’expérience en machine learning

Face à cette montée en puissance des offres commerciales de Google dans le machine learning, Werner Vogels a rappelé qu’Amazon le pratiquait depuis 25 ans sur son site d’e-commerce. Face à Google et Microsoft, AWS mise sur l’offre la plus large possible afin de répondre aux besoins des data scientists les plus pointus comme à ceux des développeurs d’application qui ne sont pas nécessairement des experts en IA : « L’impact du machine learning a été important pour Amazon dans un très grand nombre de domaines, depuis la fixation des prix, la gestion des stocks, le pilotage des drones Amazon Prime Air, Alexa, ou la création de nouvelles expériences telles qu’Amazon Go. Mais cela a représenté un grand challenge. Le machine learning restait le domaine des seuls data scientists. Nous voulions améliorer l’efficacité de nos ingénieurs afin qu’ils exploitent les technologies sans avoir à devenir data dcientists eux-mêmes. » La stratégie imaginée par Werner Vogels est donc de fournir une large gamme d’outils pour répondre aux besoins des gourous de l’intelligence artificielle, mais aussi des solutions plus packagées, des applications d’IA qu’il est facile à un développeur d’intégrer à son application.
Cette stratégie a donné naissance à une offre en trois couches. La plus basse, la couche des frameworks consiste à supporter tous les frameworks de machine learning utilisés par les data scientists. AWS supporte ainsi Caffe2, Microsoft CNTX, Apache MXNet, Pytorch, TensorFlow, Keras, Gluon, un choix impressionnant comparable à ce qu’offre Microsoft sur Azure AI et qui tranche avec Google qui privilégie « son » framework TensorFlow.

Werner Vogels, le CTO d'Amazon Web Service
Werner Vogels, le CTO d’Amazon Web Services, s’est longuement attardé sur la description des offres commerciales de l’américain en termes d’IA, un marché qui capte l’attention des CEO.

Elargir l’accès à l’IA aux développeurs d’applications

Au-dessus de cette couche technique, les développeurs pourront préférer Amazon SageMaker. « 80 % du travail du data scientist n’a rien à voir avec le machine Llarning lui-même » a précisé le CTO. « Il s’agit essentiellement du déploiement des modèles (Lift and Run), de leur maintenance, de phases de paramétrages. Ce travail revint à SageMaker. » L’équivalent de cet outil dans l’offre Google serait Google Cloud DataLab. Au-dessus de cette couche intermédiaire de manipulation des modèles, les développeurs pourront appeler les applications de machine learning prépackagées. Le CTO en a présenté une demi-douzaine : Rekognition pour reconnaitre des objets dans des images ou des vidéos, Polly une application de Text-to-Speech, et Transcribe, son alter ego qui transcrit les fichiers audio en texte. AWS Translate réalise une traduction tandis que Comprehend est capable d’extraire le sens d’un texte. Enfin, Lex permet de développer des interfaces pour Alexa, l’assistant numérique maison.

Oracle est aussi dans le viseur d’AWS

Outre cette rivalité avec Google et Microsoft Azure, Werner Vogels a aussi régler ses comptes avec un nouvel acteur sur ce marché du Cloud venu du monde des bases de données : Oracle, qui n’a jamais été cité nommément. Alors que la firme de Larry Ellison se rêve futur leader du Cloud et en fait une de ses priorités, AWS l’attaque sur son core business, la base de données, revendiquant plus de 75 000 migrations de bases de données on premise vers ses offres managées. Werner Vogels a souligné que sa base de données Aurora est le service qui a connu la plus forte croissance dans l’histoire d’AWS et le CTO n’a pas eu peur de mettre Oracle RAC et AWS Aurora dos-à-dos, notamment sur les architectures les plus complexes. En effet, la version d’Aurora attendue cette année sera multi-master, mais avec des nœuds pouvant être hébergés dans des datacenters divers et des régions d’hébergement AWS différentes : « Ce sera certainement la seule base de données multi-master, multi-datacenter disponible au monde. Oracle RAC impose de placer les masters dans la même pièce, sur des serveurs interconnectés par des liens haute vitesse. Aurora est la seule base de données commerciale à offrir ainsi le multi-datacenters ». Autre annonce concernant Aurora, la disponibilité prochaine d’Amazon Aurora Serverless, solution totalement managée par AWS avec une facturation à la seconde, une montée en charge (et décommissionnement des ressources) automatique sans nécessiter de provisionner d’instance.

80 % du CAC40 est désormais client AWS

Outils de développement, gestion des conteneurs avec l’offre EKS (Kubernetes) maison mais aussi AWS Fargate qui permet de faire tourner des conteneurs sans se soucier de l’infrastructure sous-jacente et bien sûr le Serverless : Werner Vogels a égrainé un impressionnant flot de nouveautés techniques sur la plateforme. Néanmoins, le plus impressionnant a sans conteste été les témoignages des grandes entreprises et startups françaises qui ont désormais fait le choix du « Cloud First », des projets étant en cours à la SNCF, chez Renault ou Euronext. Sur ce plan, AWS évolue pour se plier (un peu plus) aux exigences contractuelles de ses clients français. Miguel Alava, directeur EMEA d’AWS a expliqué : » Les entreprises avec lesquelles nous parlons aujourd’hui sont dans des stratégies de migrations massives, des stratégies de « Cloud First » et de fermeture de leurs datacenters. Les entreprises ne se posent plus la question de savoir si le Cloud est le bon choix pour elles, mais de comment y aller rapidement. C’est le cas dans le monde mais aussi en France. AWS aime la France et nous comptons des dizaines de milliers de clients en France, des startups mais aussi 80 % du CAC40. C’est cette demande qui nous a poussés à ouvrir la région France, ici à Paris avec 3 points de disponibilité. La région était officiellement ouverte le 19 décembre 2017. Une demande forte de nos clients était de disposer de la possibilité de signer un contrat local avec AWS et ce sera possible à partir du 1er juillet 2018. »  La SNCF a été la première à obtenir d’Amazon Web Services le privilège de signer des contrats de droit français. Cette possibilité sera donc offerte à toutes les entreprises françaises très prochainement.

Auteur : Alain Clapaud