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Valorisation : peut-on encore faire sans le SaaS ?

30/03/2016 | commentaires 0 commentaire |
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Par Michel THEON, Directeur de la Business Unit Aspaway, groupe Claranet

Il y a de cela 5 ans, beaucoup d’acteurs – et notamment des éditeurs de logiciels – étaient encore dans le brouillard concernant les grands changements annoncés par le Cloud pour leur activité. Entre IaaS, PaaS, SaaS… les implications immédiates pour leur business model étaient loin d’être évidentes.

Bien sûr, la surmédiatisation du sujet dans la presse et sur les sites spécialisés contribuait à entretenir autant d’intérêt que de confusion. Mais rapidement, des signaux ont été envoyés par certains leaders de marché. Chez les éditeurs de logiciel, en 2011, SAP rachète ainsi SuccessFactors spécialiste du Human Capital Management (HCM) en mode SaaS, pour un montant égal à 8 fois les revenus que l’éditeur prévoit pour l’année suivante. Nous n’en sommes pas aux montants complètement mirobolants que des géants du web comme Facebook vont mettre sur la table pour certaines activités (le réseau social déboursera 1 milliard pour Instagram en 2012), mais tout de même ! Et les transactions du genre se multiplient. Des cabinets d’analystes ne manquent alors pas de creuser sur les raisons d’une telle équation.

KPMG par exemple, liste différentes explications pour cet engouement au niveau des valorisations : les prévisions positives de croissance et de conquête de parts de marché pour les activités SaaS (évaluées à l’époque à près de +30% par an), une meilleure visibilité des acteurs sur leur futur chiffre d’affaire, grâce à la pérennité plus évidente d’affaires « lissées » dans le temps, mais aussi un effet de levier attendu très fort par rapport au « on-premise ». A deux niveaux : l’augmentation du nombre d’abonnés à un logiciel, ramenée à la stabilité des coûts d’infrastructure doit permettre mécaniquement d’augmenter la rentabilité avec le temps ; l’augmentation du revenu par client (le Comitted Monthly Recurring Revenue – CMRR) grâce à l’ajout de services supplémentaires dans l’offre de l’éditeur. Bref, la vertu du modèle justifierait naturellement une prime lors des transactions.

En 2016, les éditeurs en transition peuvent-ils avoir une prime « SaaS » ?

5 ans plus tard, où en est-on ? L’engouement pour le SaaS n’a évidemment pas cessé. En France, le Syntec numérique évalue avec les analystes d’IDC le poids du marché de l’édition de logiciels à 11 milliards d’euros pour 2015, pour une croissance moyenne de 3,4%. Le SaaS, lui, progresse de 20% pour atteindre 1,3 milliard d’euros et représenter 12% du marché dans l’Hexagone. Il dépassera sans doute 15% d’ici un an.

Du point de vue des valorisations, on a vu fin 2015, SAP racheter Multiposting, plateforme française d’offres d’emplois en SaaS. Le chiffre d’affaire 2014 de la jeune pousse était de 9 millions d’euros, mais cette fois-ci l’allemand n’a pas souhaité communiquer le montant de la transaction ! A l’inverse, les danois de Zendesk ont acquis au même moment pour 45 millions d’euros la jeune entreprise We are Cloud, éditrice de Bime Analytics, mais celle-ci ne communiquait sur aucun de ses résultats, si ce n’est une bonne croissance. La dynamique est là, mais à quel point le SaaS reste-il le facteur clé de ces rachats ?

Une seule certitude : la différence va se voir avant tout entre les pure-players et les éditeurs en transition. Plus aucune start-up de l’IT ne se créée sans être dans le Cloud ; ce serait inimaginable. Le cabinet EuroLand Corporate évalue ainsi la « prime » pour le pure-player SaaS dans son rapport sur le secteur de l’édition logicielle daté de juin 2015 : « Un éditeur classique se paie sur des multiples médians 2015 de 4,7x le CA et 14,9x l’EBIT versus 7,3x le CA et 60,8x l’EBIT pour le pure-player ».

Cela n’empêche pas l’éditeur « classique » de bénéficier de l’effet de traction offert par le Cloud. Le cabinet note qu’avec la meilleure compréhension des business models associés au SaaS, les éditeurs peuvent aussi bénéficier de primes à la croissance au niveau des valorisations. Le tout dans un contexte où la France ne joue pas dans les mêmes ordres de grandeur que les Etats-Unis. Le jeu en vaut donc la chandelle. D’autant plus que dans le même temps, de plus en plus de spécialistes émettent des réserves sur la survalorisation des « licornes » (ces start-ups du digital qui sont valorisées à plus d’un milliard) et de leurs petites sœurs, craignant que l’effet d’entrainement soit le signe d’une bulle. Entre les acteurs qui ont fait leurs preuves sur leur marché depuis des années et les nouveaux entrants, le match pourrait ne pas être aussi joué qu’on ne le croit.

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